Sur place, des témoins racontent des «scènes de désolation», alors que le bilan s’élève à 38 morts et plus de 200 blessés. Onze enfants ont perdu la vie dans la zone d’El Tarf, dans l’extrême est du pays, près de la frontière avec la Tunisie, cinq à Souk Ahras, deux femmes à Sétif et une personne à Guelma, dans l’est, selon la protection civile et des médias locaux qui ont aussi fait état de plus de 200 blessés, indique l’AFP. Les images diffusées sur les réseaux sociaux sont impressionnantes: les flammes envahissent les habitations de plusieurs villages, dont Souk Ahras.

Sur la route vers El Kala, près d’El Tarf, une ville de 100 000 habitants, «une tornade de feu a tout emporté en quelques secondes, la plupart des morts ont été encerclés alors qu’ils visitaient un parc animalier», a décrit à l’AFP un journaliste local.

Le premier ministre Aymen Benabderrahmane est arrivé jeudi matin à El Tarf, selon les médias algériens. Les autorités redoutent «de nouveaux départs de feu à cause des vents violents», indique l’AFP qui a constaté la fermeture de nombreuses routes. Une visite officielle qui ne satisfait pas tout le monde. «Alors même que le nombre de victime approche déjà la cinquantaine avec un nombre indéterminé de personnes disparues et des centaines de blessés, les ministres et officiels viennent constater les dégâts. Et sans doute promettre des aides ou secours qui n’arriveront pas», écrit Le matin d’Algérie dans un article au titre évocateur: «Des pontes du régime en lieu et place de secours.»

Au total, 39 incendies ont ravagé 14 wilayas (départements) ces derniers jours, et un certain nombre étaient encore en cours jeudi. L’armée et la protection civile tentent d’en venir à bout avec des hélicoptères bombardiers d’eau.

Des scènes de panique

Près de Souk Ahras, à environ 200 km de là, un important incendie était toujours en cours dans une zone montagneuse, a dit un autre journaliste local à l’AFP. Il a évoqué des scènes de panique la veille dans cette ville de 500 000 habitants, où 97 femmes et 17 nouveau-nés ont dû être évacués d’un hôpital proche d’une zone boisée.

Des journalistes sur place ont confirmé «d’importants dégâts dans le parc animalier, la mort d’une personne qui aidait les gens à fuir» et de «12 autres prises au piège dans un autocar» qui tentaient de repartir.

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Des images télévisées ont montré des habitants fuyant leurs logements en flamme en courant, des femmes portant leurs enfants dans les bras. Plus de 350 familles ont dû quitter leurs habitations. Les autorités avaient affrété un avion bombardier d’eau russe Beriev BE 200, mais après être intervenu sur différents incendies, il a subi une panne et ne sera à nouveau opérationnel qu’à partir de samedi, a indiqué le ministre de l’Intérieur, Kamel Beldjoud, mercredi soir.

L’Algérie a récemment annulé un contrat pour l’achat de sept bombardiers d’eau à une société espagnole, à la suite d’une brouille avec Madrid après son revirement en faveur de la position marocaine sur le dossier du Sahara occidental.

«Aucune solution de rechange»

Les incendies des derniers jours ont marqué les médias et ravivé le débat sur le manque de bombardiers d’eau en nombre suffisant, qui avait déjà agité le pays l’an passé. L’été 2021 avait été le plus meurtrier depuis l’indépendance algérienne: au moins 90 personnes avaient péri dans des feux de forêt ayant ravagé le nord du pays, où plus de 100 000 hectares de taillis étaient partis en fumée.

Pour déterminer les responsabilités des incendies, des enquêtes ont été ouvertes par les parquets algériens, a annoncé jeudi le ministère de la Justice, selon le site Interlignes.
La classe politique, en particulier les partis de l’opposition, s’agite: «Des partis et des responsables politiques ont pointé du doigt le manque de moyens matériels et dénoncé l’absence de vision prospective dans la lutte contre les feux de forêts», relève Interlignes.

Pour les formations d’opposition, le pouvoir «n’a pas tiré les leçons» du drame de l’année dernière. Interlignes cite le Parti des travailleurs, lequel s’interroge dans un communiqué: «Qu’a-t-on fait des revendications des pompiers maintes fois exprimées réclamant plus de moyens humains et matériels? » et «où sont les moyens, notamment aériens, de luttes contre les feux promis lors des incendies ravageurs qui ont littéralement emporté des centaines de victimes et centaines de brûlés? »

Le matin d’Algérie exprime aussi son ras-le-bol: «Après Tizi-Ouzou, Bejaia, Tipaza, c’est tout l’est du pays qui est aux prises aux incendies. Que font les autorités? Rien. Tous les morts, les drames et les centaines d’hectares partis en fumée n’ont pas servi de leçon. Comme si de rien n’était. Les autorités continuent comme avant: à déclarer et promettre sans suite.»

Des avions vendus

Lors d’un séminaire algéro-canadien sur la lutte contre les feux de forêt, des spécialistes avaient recommandé en mai dernier «la mise en place d’un dispositif national de lutte au moins équivalent à celui qui existait dans les années 1980», a indiqué à l’AFP sous couvert d’anonymat un expert qui participait aux débats.

A l’époque, «la DTA (direction du travail aérien) disposait de 22 appareils de type Grumman qui faisaient la fierté de l’Algérie, notamment en matière de lutte contre les feux de forêt», a ajouté l’expert, selon lequel les appareils «ont été vendus au dinar symbolique sans qu’aucune solution de rechange ne soit proposée».

Mercredi, il faisait 48 degrés

Tous les ans, le nord de l’Algérie est touché par des feux de forêt, mais ce phénomène s’accentue d’année en année sous l’effet du changement climatique, qui augmente la probabilité des canicules et des sécheresses et par ricochet, des incendies.

Il faisait environ 48 degrés mercredi à El Tarf, Guelma et Souk Ahras. Depuis début août, 106 incendies ont détruit 800 hectares de forêt et 1800 hectares de taillis. Pays le plus étendu d’Afrique, l’Algérie ne compte que 4,1 millions d’hectares de forêts, avec un maigre taux de reboisement de 1,76%.

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