Le parti au pouvoir en Algérie, le Front de libération nationale (FLN), a remporté les législatives anticipées organisées samedi, dans un pays dans l'impasse politique sur fond de répression généralisée. Ces élections avaient été rejetées par le mouvement de contestation inédit du Hirak et une partie de l'opposition, qui avaient appelé au boycottage du scrutin.

La victoire du FLN constitue une surprise car ce parti était considéré comme discrédité, à bout de souffle, à cause de sa compromission avec le président déchu Abdelaziz Bouteflika, chassé du pouvoir en 2019 par le Hirak. Même s'il bénéficie d'une implantation ancienne et militante.

Le FLN est en tête avec 105 sièges sur 407, suivi des candidats indépendants avec 78 sièges, a indiqué mardi le président de l'Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), 72 heures après le scrutin. Ex-parti unique après l'indépendance (1962) et principale formation du Parlement sortant, le FLN enregistre un important recul en nombre de sièges, selon les chiffres officiels provisoires. Il perd plus de 50 sièges pour ne plus contrôler qu'un quart des élus de la nouvelle assemblée.

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Son allié traditionnel, le Rassemblement national démocratique (RND), a remporté 57 sièges (14%). La principale formation islamiste du pays, le Mouvement de la société pour la paix (MSP, conservateur), arrive troisième avec 64 sièges. Le MSP, un parti conservateur modéré, avait revendiqué la victoire après le scrutin et mis en garde contre «les nombreuses tentatives de modifier les résultats».

«Les fondations de ce Parlement ont été construites en toute liberté et transparence par le peuple», a répondu Mohamed Chorfi, lors d'une conférence de presse.

Un taux d'abstention fort

«Des résultats, sans surprise, issus d'une élection fermée qui s'est déroulée dans un climat de répression», a déclaré à l'AFP Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'Homme (LADDH). «Encore un rendez-vous raté pour le changement et la démocratie.»

Signe du fort désintérêt des Algériens, le taux de participation -23,03%- a atteint le niveau le plus bas de l'histoire de l'Algérie, toutes élections confondues, selon l'ANIE. «Le taux est extrêmement bas. C'est un chiffre qui montre à quel point cette élection, comme celles qui l'ont précédée, ne constituent pas la solution à la crise», a expliqué à l'AFP Louisa Dris Aït Hamadouche, enseignante en Science politique à l'Université d'Alger.

En dépit d'un nombre très élevé de candidats indépendants, l'abstention est encore plus élevée que lors de la présidentielle de 2019 et du référendum constitutionnel de 2020 (60% et 76% respectivement). Sur plus de 24 millions d'électeurs, l'Autorité a fait état de 5,6 millions de votants, dont plus d'un million de bulletins nuls. A titre de comparaison, la participation avait atteint 35,70% lors des dernières législatives de 2017 et 42,90% en 2012.

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Mais le président Abdelmadjid Tebboune a d'ores et déjà choisi d'ignorer le chiffre de la participation. «Pour moi, le taux de participation n'a pas d'importance. Ce qui m'importe, c'est que ceux pour lesquels le peuple vote aient une légitimité suffisante», a-t-il argué après avoir voté.

Moins de femmes

Le pouvoir est en effet déterminé à imposer sa «feuille de route», en ignorant les revendications du Hirak: Etat de droit, transition démocratique, souveraineté populaire, justice indépendante.

Les Algériens devaient choisir parmi 2288 listes, dont plus de 1200 s'affichaient comme «indépendantes», une première. Ces listes ont été ouvertement encouragées par un pouvoir en quête de renouvellement de sa légitimité.

L'assemblée qui se dessine donc pourrait sceller une alliance entre les partis traditionnels (FLN et RND), les indépendants - un ensemble disparate - et les islamistes légalistes.

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La prochaine assemblée sera presque uniquement masculine puisque 34 femmes seulement ont été élues (sur 8000 candidates), contre 146 précédemment, en raison de la suppression d'un système de quotas instauré en 2012.