COMMUNICATION

Al-Hurra, une chaîne américaine s'adressant aux Arabes

Les Etats-Unis ont lancé samedi une nouvelle télévision par satellite avec pour objectif de contrebalancer l'influence des grands networks arabes et propager «la vérité sur les valeurs des Etats-Unis»

George Bush s'adressant directement aux Arabes et plaidant en faveur de la démocratie à travers leur poste de télévision: ce qui n'était encore qu'un rêve il y a quelques mois pour la Maison-Blanche est désormais possible. Depuis samedi, l'ensemble des téléspectateurs du Moyen-Orient équipés d'une télévision satellitaire ont accès à la nouvelle chaîne d'information continue américaine Al-Hurra («la libre»), diffusée en langue arabe. Pour inaugurer son lancement, ils ont pu voir, entre autres, l'interview que le président des Etats-Unis a accordée à cette nouvelle venue dans le paysage audiovisuel arabe, ainsi qu'un débat sur l'absence de démocratie dans les pays arabes.

Financée par le Congrès américain à raison de plusieurs dizaines de millions de dollars, la nouvelle chaîne a pour ambition de redorer le blason des Etats-Unis dans cette région du monde. Dans ce but, Al-Hurra ambitionne de s'imposer comme une alternative au discours d'Al-Jazira, la «CNN» arabe basée au Qatar, et Al-Arabiya, sa concurrente libano-saoudienne qui émet depuis Dubaï. La chaîne va contrer «la propagande détestable qui envahit les ondes du monde musulman», promettait George Bush dix jours avant son lancement. «Elle dira aux populations la vérité sur les valeurs et la politique des Etats-Unis.» Interrogé par l'AFP, Kenneth Tomlinson, président de l'agence fédérale chargée de superviser cette chaîne, adopte un profil moins conquérant. Selon lui, Al-Hurra «présentera de nouvelles perspectives pour les téléspectateurs au Proche-Orient, ce qui créera une meilleure compréhension culturelle et plus de respect».

Produit de l'administration Bush – elle émet depuis Washington –, la nouvelle chaîne revendique pourtant une ligne éditoriale totalement indépendante. Al-Hurra s'est dotée de moyens considérables. Elle dispose ainsi d'un budget de 62 millions de dollars pour sa première année. Elle a embauché quelque 200 journalistes, en grande partie arabes ou arabophones, et dispose de bureaux à Dubaï, Amman et Bagdad. Enfin, tout en donnant la priorité à l'actualité, elle propose aussi du sport, des programmes santé, scientifiques et même de la mode.

«Arrogance» du projet

Alors qu'il est encore trop tôt pour mesurer l'impact de la nouvelle chaîne, les réactions de ses détracteurs, elles, ne se sont pas fait attendre. Les diatribes se sont multipliées contre ce qui est considéré comme un vecteur de plus de la pénétration américaine dans la région. A l'image de l'agence de presse officielle iranienne Irna, qui l'a violemment accusée d'avoir pris le parti des Israéliens dans un reportage diffusé dimanche. Pour sa part, la presse arabe a accueilli le lancement d'Al-Hurra avec scepticisme. Le Jordan Times dénonçait lundi «l'arrogance» et la «condescendance» du projet tout en reconnaissant qu'il est plus «efficace de promouvoir les valeurs démocratiques par les médias que par la force». Le quotidien jordanien The Daily Star s'attend quant à lui à ce que l'entreprise obtienne l'inverse du résultat recherché en «exacerbant encore plus le fossé entre Américains et Arabes».

Arme de propagande ou outil de contre-propagande, Al-Hurra doit servir la guerre contre le terrorisme qui est aussi, George Bush en est convaincu, une guerre des communicants.

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