Candidat malchanceux au scrutin de juin dernier, Ali Larijani se retrouva sixième sur sept prétendants au poste de président, loin derrière l'ultra conservateur Mahmoud Ahmadinejad. Aujourd'hui, pourtant, son pouvoir égale - voire «dépasse», disent certains - celui de son rival aux élections. Et pour cause. A 48 ans, visage pâle et barbe rousse, il est l'acteur incontournable des discussions sur le nucléaire iranien, sous les projecteurs permanents de la communauté internationale.

«Selon la loi, Mahmoud Ahmadinejad est le numéro deux du régime, derrière le guide religieux, l'ayatollah Ali Khamenei. Mais dans le contexte actuel, Larijani est plus puissant car il tient entre ses mains le dossier le plus important du pays», commente le politologue Morteza Firouzi. De plus, murmure-t-on dans les coulisses du pouvoir, son conservatisme pragmatique est plus apprécié que les dérapages verbaux de l'actuel chef de l'Etat.

Nommé, l'été dernier, à la tête du Conseil suprême de la sécurité nationale, en remplacement de Hassan Rohani, Ali Larijani est, comme Ahmadinejad, un ancien des Gardiens de la révolution. Les deux hommes sont connus pour être des idéologues convaincus, défenseurs acharnés de la République islamique. Mais c'est là que la comparaison s'arrête. Populiste et islamiste, Mahmoud Ahmadinejad aime provoquer: sur la question d'Israël, «qui doit être rayé de la carte», sur le Traité de non-prolifération, dont il menaçait récemment de se retirer. Têtu mais toujours posé, Larijani rassure: «Nous ne fermons pas la porte aux discussions diplomatiques», déclarait-il il y a quelques jours.

C'est lui qui, l'année dernière, reprochait à son prédécesseur d'avoir «accepté d'échanger une perle contre un bonbon», en acceptant de renoncer à l'enrichissement d'uranium contre une coopération nucléaire, commerciale et politique offerte par les Européens. C'est lui, également, qui, à chaque occasion, rappelle «le droit absolu de l'Iran d'enrichir l'uranium sur son territoire». Mais sans jamais lever le ton.

Calme et fermeté: voilà des qualités particulièrement appréciées par le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, dont Larijani est un proche conseiller. «Son prestige dans les hautes sphères, il le doit également à ses origines familiales», remarque Morteza Firouzi.

Né à Nadjaf, en Irak, Ali Larijani n'est autre que le fils de l'ayatollah Hachem Amoli - un grand marjaa («source d'imitation») chiite - et le beau-fils de l'ayatollah Morteza Motahari, un des théoriciens de la Révolution islamique, tué en 1979. Il est «un enfant du sérail». Son frère aîné, Mohammad Javad, a été député au parlement iranien. Sadegh, un des jeunes frères, siège au Conseil des gardiens, une puissante instance d'arbitrage du régime.

Après des études de mathématiques à l'Université Sharif de Téhéran, Ali Larijani enchaîna sur un doctorat de philosophie, au cours duquel il se familiarisa avec la pensée de Hegel, de Kant et de Heidegger. Au moment de la guerre Iran-Irak (1980-1988), il rejoint les Gardiens de la révolution, l'armée d'élite. En 1992, il se retrouve à la tête du Ministère de la culture. Trois ans plus tard, le guide religieux le nomme chef de la radiotélévision d'Etat, où il restera pendant dix ans.

«Années noires»

Ces «années noires», les défenseurs d'une plus grande liberté ne les ont pas oubliées. C'est, en effet, sous la direction d'Ali Larijani, que fut lancé «Hoviyat», un programme qui dénigrait systématiquement les écrivains et opposants iraniens. Les étudiants se rappellent, aussi, les aveux forcés de certains de leurs camarades devant les caméras de la télévision, après leur arrestation lors des manifestations de l'été 1999. «Il faut fermer la télévision de Larijani», pouvait-on entendre dans leurs meetings de contestation.

Face à la concurrence accrue des télévisions satellitaires de l'opposition - qui diffusent clandestinement en Iran -, Ali Larijani s'est efforcé, dans ses dernières années passées à la tête de la télévision, de moderniser le petit écran, en y introduisant des vidéo-clips et en lançant parallèlement toute une série de chaînes diffusées via le satellite: Sahar, Khabar, Jam é Jam... «Une façon d'exporter la révolution islamique?», s'interroge un article paru, il y a deux ans, dans le journal Shargh. Selon un philosophe iranien qui préfère garder l'anonymat, «c'est une preuve que Larijani et son entourage ne comprennent pas le monde extérieur, car ils sont trop aveuglés par leur idéologie». C'est pourquoi, dit-il, il craint de voir les négociations sur le nucléaire mener à l'isolement du pays.