« Les pressions et les contraintes, intérieures ou extérieures, imposées à l’Iran au cours des derniers dix ans, semblent bien avoir lassé une bonne partie de l’opinion publique de ce pays. Depuis la mort de Khomeiny, le régime semble avoir capté cette lassitude et tente, dans une certaine mesure, de desserrer l’étau des coercitions inutiles. C’est dans ce contexte qu’il faut interpréter la récente élection du nouveau président de la République, Ali Akbar Hachemi Rafsandjani. […]

Pourquoi Rafsandjani?

Considéré comme le plus pro-occidental des responsables iraniens, Rafsandjani est en réalité l’un des rares hommes politiques de ce régime capable de «naviguer» dans n’importe quelle tempête. Jongler notamment à l’intérieur des périlleux méandres de la vie politique et économique du pays. Et louvoyer simultanément avec dextérité dans les eaux houleuses et hasardeuses des relations internationales actuelles. Ces mêmes «eaux» que l’Iran, directement ou indirectement, a sensiblement contribué à remuer et troubler ces dix dernières années.

[…] Rafsandjani n’est ni un modéré ni un libéral. Révolutionnaire de la première heure et homme de confiance de l’imam Khomeiny depuis l’époque du medresseh (séminaire coranique) Faïzieh de Qom (1956), Ali Akbar Hachemi Bahremani (son véritable nom) n’a jamais changé d’idée. Il est toujours un khomeiniste convaincu. Même s’il ne s’exprime plus en public dans le jargon chiito-baroudeur de jadis. […]

En politique étrangère – tout en abhorrant toujours un compromis politique avec Washington ou Moscou – la devise de Rafsandjani reste celle du «if you can’t beat them, join them» (si tu ne peux les vaincre, joins-toi à eux).

Une attitude qui, souvent par le passé, a caractérisé la stratégie de Rafsandjani même à l’intérieur des structures du régime iranien. Et qui le laisse apparaître, aux yeux des observateurs politiques occidentaux, comme un pragmatique de grande envergure.

En réalité, la ligne politique jusqu’ici suivie par cet hodjatoleslam imberbe et rigolard, aux petits yeux pleins de malice et au turban blanc porté en arrière, ne s’est jamais éloignée du sillon idéologique de Khomeiny. […]

Dans son récent discours d’investiture, Rafsandjani a lancé un appel au réalisme politique. Il a notamment affirmé qu’on ne pouvait pas «construire un barrage avec des slogans». […]

Maintenant, il faudrait qu’il puisse agir. Qu’il puisse entreprendre une sérieuse relance de la production industrielle et agricole du pays. Qu’il puisse effacer les destructions subies au cours de huit ans de guerre [contre l’Irak]. Qu’il puisse «ouvrir les portes des universités aux talents qui, jusqu’ici, sont restés derrière ses grilles». Qu’il puisse réaliser le plein-emploi et, en particulier, faire manger à leur faim les millions de mostazafins (déshérités) qui ont cru aux mots d’ordre de Khomeiny et qui ont jusqu’ici permis les succès de cette révolution. […]

Si pour une raison ou pour une autre Rafsandjani devait échouer dans son projet, inutile de s’attendre à des «miracles». Le «printemps iranien» que nous avons pu constater à Téhéran ne serait alors que de très courte durée. Bientôt, en effet, les tenants d’une révolution aveugle et sans espoir, ou encore les «mandarins» d’un islam moyenâgeux et rétrograde, reviendraient de nouveau à la surface. Et ce serait la régression. »

« Si Rafsandjani devait échouer, le «printemps iranien» que nous avons pu constater à Téhéran ne serait alors que de très courte durée »