Allemagne

En Allemagne, la laborieuse campagne du SPD de Martin Schulz 

Angela Merkel est toujours largement en tête des sondages d’opinion, à 14 points de son rival social-démocrate. Martin Schulz a le plus grand mal à se présenter en alternative sérieuse à la chancelière, qui brigue un quatrième mandat

Ce n’est qu’un frémissement… Mais il pourrait livrer quelques arguments au challenger d’Angela Merkel, qui ne cesse de répéter que le vote n’est pas encore joué, à cinq semaines des législatives. Martin Schulz, dont la campagne semble enlisée depuis des mois, a légèrement progressé dans les intentions de vote au cours des dernières semaines. Plusieurs sondages indiquent qu’à défaut du rebond attendu par les «camarades», le SPD a cessé de perdre du terrain. Selon la dernière enquête d’opinion SPON-Wahltrend du magazine Der Spiegel, les chrétiens-démocrates sont toujours crédités de 37,8% des intentions de vote. Les sociaux-démocrates, eux, progressent de 1,7 point mais restent loin derrière, à 24,1%.

Objectif: «plein-emploi pour 2025»

Alors que la rentrée a déjà eu lieu début août pour une partie des familles du centre du pays, la campagne électorale elle a du mal à démarrer. Angela Merkel, de retour de congé depuis une dizaine de jours, arpente le pays, avec pas moins d’une cinquantaine de stations pour sa caravane électorale. D’une ville à l’autre, elle déroule le même argumentaire d’une «Allemagne dans laquelle il fait bon vivre», défend son bilan, marqué par une division par deux du nombre des chômeurs depuis son arrivée au pouvoir en 2005, et martèle son objectif du «plein-emploi pour 2025», c’est-à-dire un taux de chômage sous la barre des 3%. Pour le reste, elle se contente d’éviter les escarmouches avec son rival. Le SPD veut-il faire du mariage pour tous l’une de ses revendications de campagne? Elle fait passer le texte en dernière minute en fin de législature au Bundestag, à la barbe des plus conservateurs de son parti.

Le coup de poker de Schulz

Exaspéré, Martin Schulz tente l’électrochoc, en accusant la chancelière de vouloir «porter atteinte aux principes démocratiques» en refusant le combat. «Une chancelière qui ne dit pas aux électeurs ce qu’elle compte faire néglige son devoir et met en danger l’avenir de notre pays.» Mais le coup ne porte pas. Dans les colonnes du quotidien de centre gauche Süddeutsche Zeitung, l’éditorialiste Heribert Prantl estime que si «la suffisance d’Angela Merkel» est effectivement problématique pour le débat politique allemand, Martin Schulz donne, lui, l’impression d’être un «gamin vexé parce que sa copine de bac à sable ne veut pas jouer avec lui».

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«Tout porte à croire que le nom du vainqueur est déjà connu, tout comme le nom du perdant, et que la seule inconnue est de savoir qui occupera la troisième place, déplore le magazine Der Spiegel sur son site. Martin Schulz se donne de la peine. Mais il lui manque l’élément détonateur, l’esprit. Il a le plus grand mal à se positionner en alternative à Angela Merkel.»

L’épine Gerhard Schröder

La position de Martin Schulz, dont le parti a soutenu la politique de la CDU pendant quatre ans en tant que partenaire de coalition, est des plus inconfortables. «L’Allemagne va bien, c’est vrai. Mais cela ne veut pas dire que les choses vont bien pour tous en Allemagne», répète-t-il de meeting en meeting, tentant de mobiliser les employés, les ouvriers, les syndicalistes, les enseignants, qui constituent la base de son électorat.

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Dans ce contexte, Martin Schulz se serait bien passé de la nouvelle polémique déclenchée par Gerhard Schröder. L’ancien chancelier social-démocrate brigue un poste au conseil de surveillance de la compagnie pétrolière russe Rosneft, une compagnie dont le nom figure sur la liste des entreprises boycottées par l’Union européenne en raison de l’annexion de la Crimée. Le montant de la rémunération – 300 000 euros pour une demi-douzaine de réunions par an – n’est pas de nature à crédibiliser le discours de Martin Schulz sur les petites gens.

Au SPD, le spectre de l’abstention

De fait, le danger est réel pour le SPD. Face à une Angela Merkel perçue comme garante de stabilité, au bilan économique satisfaisant, les sociaux-démocrates semblent condamnés à jouer le rôle du «junior partner» d’une coalition dirigée par la chancelière. Leur principal défi sera de parvenir à mobiliser leurs supporters, dont beaucoup sont tentés par l’abstention, «puisque de toute façon Merkel passera», comme l’explique Victor, un étudiant de 19 ans, qui doit voter pour la première fois le 24 septembre. Pour bien des Allemands, le véritable enjeu des élections n’est pas de savoir si Angela Merkel l’emportera, mais avec qui elle gouvernera. Les Verts et les libéraux du FDP sont les uns et les autres crédités de 8% des intentions de vote. C’est trop peu pour former une majorité stable.

Le principal danger pour elle est l’apparition soudaine d’un nouveau thème de campagne

A cinq semaines des élections, Angela Merkel doit elle aussi mobiliser son camp. «L’élection n’est pas gagnée», répète-t-elle régulièrement à ses supporters. «Le principal danger pour elle est l’apparition soudaine d’un nouveau thème de campagne», estime Der Spiegel. Béla Anda, ancien porte-parole de Gerhard Schröder, rappelle qu’en 2005, la CDU ne l’a finalement emporté que de 0,7 point, alors que les sondages créditaient les chrétiens-démocrates de 18 points d’avance sur Gerhard Schröder. Début août, la cote de popularité de la chancelière chutait de 10 points, dans le sillage d’un énième rebondissement du scandale des moteurs diesel truqués. Elle conserve tout de même 59% d’opinions favorables, loin devant Martin Schulz, à 33% d’opinions positives.

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