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Pour Jan Ehlen, le tournant énergétique décidé par l’Allemagne fait pleinement sens. A Ahlerstedt, près de Hambourg, cet ingénieur et économiste gère un parc éolien «citoyen».
© Maria Feck/laif

Energie

En Allemagne, l’éolien envers et contre tout

Grâce à une législation très favorable promue par l’ex-gouvernement de coalition rouge-verte de Gerhard Schröder qui a amorcé le tournant énergétique allemand, les parcs éoliens continuent de fleurir. A Ahlerstedt, Jan Ehlen, 46 ans, gère un parc éolien «citoyen». Reportage

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A une heure au sud-ouest de Hambourg, l’horizon semble infini. A proximité des villages de Wohnste et Ahlerstedt, de respectivement 800 et 5300 habitants, de petites exploitations agricoles occupent le terrain. Champs de maïs, de pommes de terre, de céréales, élevages de porcs. Et puis soudain, s’élançant dans le ciel, d’énormes tours qui semblent dicter le rythme de la vie de ce coin du nord de l’Allemagne.

Jan Ehlen, 46 ans, n’en est pas peu fier. C’est lui qui, avec quatre autres collaborateurs, gère ce parc de 23 éoliennes d’une puissance de 52 mégawatts dans le cadre d’une société dénommée Awomo. «C’est une histoire familiale. Mon père, Helmut, produisait déjà de l’énergie à partir de tourbe, dans la commune voisine d’Ahrensmoor. Il a profité de nouvelles législations pour investir dans l’éolien. Le premier parc éolien ici a vu le jour en 1999.»

Un tournant énergétique qui fait pleinement sens

Dans son bureau, installé dans une maison cossue à l’entrée d’Ahlerstedt, petite bourgade du Land de Niedersachsen, cet ingénieur et économiste diplômé a un temps travaillé pour Airbus. Aujourd’hui, il garde la tête en l’air pour ainsi dire. Sur son ordinateur, il observe en temps réel le fonctionnement du parc éolien: vitesse de rotation des éoliennes, production (environ 120 millions de kilowatts/heure par an) et surtout économie en émissions de CO2 qu’il chiffre déjà à 1,8 million de tonnes.

Pour Jan Ehlen, le tournant énergétique décidé par l’Allemagne fait pleinement sens. Le gouvernement allemand, la grande coalition rouge-verte de Gerhard Schröder et Joschka Fischer, a promulgué une loi sur les énergies renouvelables (EEG), se fixant pour objectif de les développer massivement afin de réduire l’utilisation des énergies fossiles et de lutter contre le changement climatique. D’ici à 2020, la proportion d’énergies renouvelables dans la production d’électricité dans le pays doit s’élever à 35%, d’ici à 2025 à 45% et grimper jusqu’à 60% d’ici à 2035.

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Ces possibilités d’investissements dans le renouvelable sont une bonne chose pour la classe moyenne

Jan Ehlen

Depuis, les éoliennes ont poussé comme des champignons à travers le pays, en particulier au nord. Jan Ehlen est donc dans le vent. Le parc éolien qu’il gère est l’illustration de ce que le tournant énergétique (Energiewende) a permis. «Dans cette dynamique énergétique, il n’y a pas que les grands groupes énergétiques, des oligopoles, qui y trouvent leur intérêt. Les citoyens peuvent aussi s’impliquer. Ces possibilités d’investissements dans le renouvelable sont une bonne chose pour la classe moyenne», analyse Jan Ehlen.

De fait, le tournant énergétique allemand est perçu par certains comme un acte de «démocratisation» de la production d’énergie, un «acte citoyen». A Ahlerstedt et Wohnste, 35 propriétaires terriens du coin, «35 familles», dira Jan Ehlen, se sont mis ensemble pour investir dans le parc éolien citoyen (Bürgerwindpark) et créer la société Awomo. Ils habitent pratiquement tous dans les deux communes. «Si nous avons fait construire les éoliennes avec l’aide du géant du secteur Enercon, nous nous occupons de tout le reste: gestions des droits de superficie, autorisation de construire, exploitation, modernisation», poursuit l’entrepreneur.

Nuisances dénoncées par certains citoyens

Les parcs éoliens citoyens abondent dans la région. Jan Ehlen en gère un autre dans lequel sont impliquées 42 familles. Mais ils ne s’érigent pas sans difficulté. «Nous avons interrogé les citoyens des deux communes, poursuit le directeur d’Awomo, pour leur dire exactement de quoi il était question. Ils ont tous pu donner leurs avis, que nous avons intégrés dans notre réflexion.» Un vote a même eu lieu à Wohnste, se souvient l’actuel maire de la commune, Hans-Dieter Klindworth. «Le résultat était 55% en faveur du parc, 45% contre. A l’époque, les gens avaient peur qu’un tel projet fasse baisser la valeur immobilière de leur propriété. Ça ne s’est pas produit. Aujourd’hui, 90% des opposants initiaux ont mis la sourdine.»

Au pied d’une gigantesque tour, au centre du parc éolien, Jan Ehlen admet que des citoyens se sont plaints du bruit des éoliennes. Trois d’entre elles faisaient trop de bruit en raison d’un défaut de fabrication. D’autres n’étaient pas contents des infrasons produits par les installations. Mais l’ingénieur a réponse à tout: «En circulant avec la fenêtre de la voiture ouverte ou en écoutant les vagues se casser sur la plage, on est exposé à davantage d’infrasons qu’à proximité d’un parc éolien.» Une distance de 1000 mètres des zones d’habitation reste de rigueur. Les nuisances sonores ne doivent pas dépasser 45 décibels.

Progrès technologiques

Là où les citoyens retrouvent leur compte, poursuit le maire de Wohnste, c’est dans la fiscalité. La taxe professionnelle payée par les parcs éoliens revient intégralement aux communes, 15% des bénéfices également. «Nous avons aussi créé une fondation qui finance en partie des crèches, les pompiers, des chaises roulantes», ajoute Jan Ehlen.

Des progrès technologiques permettent de réduire partiellement les nuisances. Dans le cadre d’un repowering, le parc d’Ahlerstedt Wohnste a investi 16 millions d’euros pour changer quelques-unes de ses éoliennes. Elles mesurent désormais 149 mètres de haut pour 82 mètres de diamètre. Elles faisaient jusqu’ici 23 rotations. Ce nombre a été réduit à 18, mais la production d’électricité a néanmoins augmenté.

Le retour paradoxal du charbon

Aujourd’hui, les énergies renouvelables ont déjà créé 130 000 emplois et représentent, au premier semestre 2017, 35% du mix énergétique en Allemagne. Le renouvelable est la première source d’électricité du pays. C’est l’objectif fixé par Berlin. «On devrait même arriver à 40%», prédit Patrick Graichen, président de la société d’experts Agora Energiewende, qui relève que les constructions de parcs éoliens onshore et offshore (le pays compte plus de 28 000 éoliennes) continuent à un rythme soutenu.

Pour l’offshore, les projets d’expansion sont très ambitieux: l’Allemagne compte arriver à une production de 20 gigawatts d’ici à 2030 et jusqu’à 30 gigawatts d’ici à 2035! Mais la politique de subventionnement de Berlin a un coût. La facture d’électricité des ménages a doublé depuis 2000. Ce boom de l’éolien n’a toutefois pas empêché un paradoxe: le retour du charbon.

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