Europe des patriotes

En Allemagne, Marine Le Pen prédit le «réveil» de l'Europe

Marine Le Pen a appelé samedi les électeurs européens à se «réveiller» et à suivre l'exemple des Américains et des Britanniques lors des scrutins des prochains mois. C'était à l'occasion d'un congrès réunissant à Coblence, en Allemagne, des représentants de partis d'extrême droite.

La cheffe du Front national (FN) a jugé qu'en 2017 les électeurs français, allemands et néerlandais pourraient «changer la face de l'Europe». «2016 a été l'année où le monde anglo-saxon s'est réveillé. 2017 sera, j'en suis sûre, l'année du réveil des peuples de l'Europe continentale», a-t-elle déclaré.

«Il faut passer à l'étape suivante (...), l'étape où nous serons majoritaires dans les urnes à chaque élection», a proclamé celle qui, selon les sondages, est bien placée pour être au deuxième tour de la présidentielle du printemps en France.

La frontiste a une nouvelle fois tiré à boulets rouges sur l'euro, la «tyrannie» de l'UE, la politique migratoire de la chancelière Angela Merkel et salué l'avènement du milliardaire populiste Donald Trump et le choix des Britanniques du Brexit, qui ont été érigés en modèle.

Le rassemblement de Coblence, autour du slogan «Liberté pour l'Europe», réunissait les Allemands d'Alternative pour l'Allemagne (AFD), les Néerlandais du Parti pour la liberté (PVV), les Autrichiens du Parti de la liberté (FPÖ) et la Ligue du Nord italienne, partenaires au sein du groupe Europe des Nations et des Libertés au Parlement européen.

Ode à la joie pour contrer l'extrême droite

Parallèlement, 5000 manifestants, selon la police, se sont rassemblés pour dénoncer cette réunion. Le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn, était présent pour une «Europe ouverte».

Des effigies en carton d'Hitler et de Mussolini notamment ont été exposées et les protestataires, réunis sous l’œil de 1000 policiers, ont brandi des pancartes barrées de slogans comme «celui qui dort en démocratie peut se réveiller dans une dictature». Certains ont également entonné «L'Ode à la joie» de Beethoven qui est l'hymne européen.

«Europe des patries»

Le congrès était aussi l'occasion d'entériner un rapprochement entre le FN et l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), jeune formation populiste anti-islam et anti-élites. Celle-ci est en pleine ascension électorale, surfant sur les inquiétude générées par l'arrivée de plus d'un million de demandeurs d'asile depuis 2015.

La figure montante du parti, Frauke Petry, a aussi sonné la charge contre l'UE qui ne veut «plus de peuples, mais des populations» et réclamé «une Europe des patries libres». Elle a aussi dénoncé «les centaines de milliers, les millions» de migrants «qui envahissent notre continent».

L'AfD espère un score à deux chiffres lors des législatives du 24 septembre, et priver Mme Merkel d'une majorité pour un quatrième mandat à la chancellerie. Son entrée à la chambre des députés serait une première pour un tel parti depuis la chute du nazisme.

Un contre-sommet européen

La réunion de Coblence, présentée par ses organisateurs comme un «contre-sommet» européen, a été l'occasion pour ces partis de mettre en avant les thèmes qui les rapprochent. Des responsables de formations souverainistes d'Italie, d'Autriche, de Belgique, ou encore de République tchèque étaient également présents.

Pour l'expert du Fond Marshall en Allemagne, Timo Lochocki, ce congrès est destiné «à attirer l'attention des médias», plus qu'à fonder les contours d'une base programmatique commune.

Polémique autour de l'organisation

L'organisation de ce congrès n'est pas allée non plus sans polémique en Allemagne où le discours d'extrême droite reste largement tabou du fait du passé nazi.

Au sein même de l'AfD, des cadres se sont désolidarisés de la participation de Mme Petry en raison de la présence de Marine Le Pen. Certains jugent la cheffe du FN trop «socialiste» sur le plan économique et d'autres trop sulfureuse.

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