Le suspect se prénomme Vadim K., également désigné comme Vadim S. Il est accusé d'avoir abattu, à l'été 2019, un Géorgien issu de la minorité tchétchène du pays, âgé de 40 ans et identifié comme Tornike Kavtarashvili. Le Russe de 55 ans, qui jusqu'ici a gardé le silence sur les faits, sera jugé par une cour spécialisée dans les affaires touchant à la sécurité de l'Etat du tribunal de Berlin.

Le procès intervient dans un contexte de tensions persistantes entre Berlin et Moscou, exacerbées récemment par l'empoisonnement présumé de l'opposant au Kremlin Alexeï Navalny, qui a été accueilli par l'Allemagne pour y être soigné.

Tensions diplomatiques

Les tests effectués dans le pays, corroborés par la France et la Suède, ont prouvé que l'opposant de 44 ans a été empoisonné au Novitchok, agent neurotoxique développé au temps de l'Union soviétique.

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Cette dernière crise s'est ajoutée à une série de tensions diplomatiques entre Berlin et Moscou, depuis la cyberattaque du Bundestag en 2015 attribuée à la Russie en passant par de nombreuses divergences sur le plan géopolitique, comme l'annexion de la Crimée par la Russie, la situation en Syrie ou le conflit libyen.

Une «exécution»

Les faits se sont déroulés le 23 août 2019, en plein jour, dans le parc du Tiergarten, au coeur de Berlin. Se déplaçant à vélo, le Russe s'est rapproché de sa victime et a tiré une première fois à distance avec un silencieux, avant de l'achever par deux balles à bout portant dans la tête, selon le chef d'accusation du parquet fédéral, en charge des dossiers de terrorisme. Des témoins ont évoqué une «exécution». Arrêté à proximité des lieux le même jour, le suspect est incarcéré depuis.

Le parquet en est persuadé: Moscou a commandité le meurtre. «Des organismes liés au gouvernement central de la Fédération russe» ont chargé l'accusé «de liquider le Géorgien d'origine tchétchène Tornike K.», affirme-t-il.

Le tueur à gage présumé aurait rempli cette «mission d'Etat, soit pour être payé, soit parce qu'il partageait les motivations de ses clients de tuer un opposant politique (...) et comme représailles à son implication» dans un conflit contre la Russie. Ancien leader séparatiste tchétchène, la victime avait combattu contre les forces russes entre 2000 et 2004 et vivait depuis 2016 avec sa famille en Allemagne où il avait demandé l'asile. Le Kremlin a toujours nié toute implication.

L'affaire Skripal

Si les soupçons se confirment, il s'agirait «d'un cas spectaculaire de terrorisme d'Etat» sur le sol allemand, souligne Der Spiegel.

Selon le magazine et la plateforme de journalisme d'investigation Bellingcat, le meurtrier présumé, de sa vraie identité Vadim Krasikov, aurait reçu un entraînement des services secrets russes FSB. Avant le meurtre, il a voyagé comme touriste à Paris et à Varsovie.

L'affaire rappelle l'empoisonnement, lui aussi attribué à Moscou de l'ex-espion russe Sergueï Skripal et de sa fille au Royaume-Uni en 2018, qui avait provoqué un tollé dans le monde occidental.

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Fin 2019, l'Allemagne a expulsé deux diplomates russes pour protester contre leur manque de coopération dans l'enquête, à laquelle Moscou a répliqué en expulsant à son tour deux diplomates allemands. Le ministre des Affaires étrangères Heiko Maas avait menacé de sanctions supplémentaires contre la Russie «en fonction de l'évolution de l'enquête», mais les choses en sont restées là.

Si le procès, qui doit durer jusqu'à la fin janvier 2021, devrait se solder par une condamnation à perpétuité pour l'accusé, identifié par de nombreux témoins, il sera plus compliqué d'établir l'implication des services secrets russes, soulignent les médias allemands. A moins que l'accusé se décide à parler et à confirmer la thèse du parquet.