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Un concert en juillet 2017 avait rassemblé plus de 7000 extrémistes de droite à Themar, au centre de l'Allemagne.
© Michael Trammer

Europe

En Allemagne, le succès croissant des concerts néonazis

La petite ville de Themar, en ex-RDA, accueillait ce week-end le principal festival de rock néonazi d’Allemagne. La hausse de fréquentation de ces concerts coïncide avec les succès électoraux du parti d’extrême droite AfD

La petite ville de Themar, 3000 habitants, dans le sud de la Thuringe (ex-RDA) vient de connaître un week-end de quasi-état d’urgence. La ville accueillait l’un des plus grands festivals de rock néonazi d’Allemagne. L’an passé, autour du 15 juillet, plus de 7000 crânes rasés ont envahi le pré mis à leur disposition par un ancien politicien du parti d’extrême droite AfD. Cette année encore, le maire – sans parti – a tenté d’éviter la tenue de la manifestation, invoquant la protection de trois espèces d’oiseaux menacées. Mais la Constitution allemande, particulièrement respectueuse de la liberté de rassemblement, ne permet guère de s’opposer à la tenue de ce type d’événements.

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Themar n’est pas un cas isolé. L’an passé, le Ministère de l’intérieur a compté 289 concerts et «soirées musicales» organisés par l’extrême droite. Ces manifestations ont réuni 11 000 personnes au plus fort de la saison, entre juillet et septembre, contre 5000 personnes en 2016. «Ces concerts ont le vent en poupe», constate Nick Brauns, attaché parlementaire de la députée néocommuniste de Die Linke Ulla Jelpke et spécialiste de l’extrême droite.

Un chiffre d’affaires de plus de 200 000 euros

Les manifestations du genre sont très importantes pour ce milieu. Elles permettent de recruter de nouveaux membres et de remplir les caisses. Et puis, les néonazis sont à peu près sûrs de se retrouver entre eux, sans police ni contre-manifestants. Les policiers – pas assez formés à la reconnaissance de symboles interdits par la loi – se contentent en général de régler la circulation aux alentours. Et pour les milieux de gauche, il est difficile de mobiliser des contre-manifestants, d’autant que les concerts sont presque toujours organisés en pleine campagne, dans des propriétés privées. Selon les calculs du quotidien Die Welt, Themar a généré l’an passé un chiffre d’affaires de 210 000 euros, à raison de 35 euros de «dons» demandés à la caisse à l’entrée. Sans compter les revenus liés à la vente de bière, t-shirts et autres produits dérivés.

Lors de dernières manifestations de ce type, ce n’était pas seulement la salle qui faisait le salut hitlérien, mais aussi les musiciens sur scène

Jan Raabe, assistant social, spécialiste de l’extrême droite

Régulièrement, les activistes de gauche dénoncent la tenue de tels concerts. Un documentaire tourné en caméra cachée et sous pseudonyme par le cinéaste Thomas Kuban, présenté au festival du cinéma de Berlin en 2012, avait choqué l’opinion. Notamment à cause du tube Blut muss fliessen («Le sang doit couler»), beuglé d’après le cinéaste à presque chaque concert par une foule en liesse, et qui appelle au meurtre des juifs ou des homosexuels et fait l’apologie d’Auschwitz. «Il est beaucoup plus facile à un groupe de rock néonazi de transgresser les interdits lors d’un concert qu’à des activistes dans le cadre d’une manifestation de rue qui se déroulerait sous la surveillance de la police, de la presse et des contre-manifestants, rappelle le journaliste Sebastian Friedrich, spécialiste de l’extrême droite. Un groupe de rock peut facilement tenir un discours favorable au national-socialisme, voire révisionniste, en jouant sur les nuances et sur les mots.»

La Saxe et la Thuringe terreaux de l'AfD

Bien sûr, régulièrement, les tribunaux interdisent des chansons ou condamnent des groupes. Le groupe Landser, par exemple, est connu pour ses nombreux textes interdits et a été condamné par la justice. Les poursuites n’ont pas empêché le fondateur et chanteur de la formation, Michael Regener alias Lunikoff – pourtant condamné à 3 ans de prison ferme –, de fonder un nouveau groupe tout aussi radical, Lunikoff Verschwörung («Le complot de Lunikoff»). L’homme est la star de presque tous les festivals de musique néonazie d’Allemagne. La «chanson de la Prusse de l’Est» du groupe est illustrée d’une carte de l’Allemagne, dont les frontières vont jusqu’à la Lituanie et englobent la Pologne comme au temps du IIIe Reich. «Ce week-end, Lunikoff sera à Themar, rappelle Jan Raabe, assistant social et auteur, spécialiste de l’extrême droite. Lors de dernières manifestations de ce type, ce n’était pas seulement la salle qui faisait le salut hitlérien, mais aussi les musiciens sur scène!»

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Deux Länder d’ex-RDA, la Saxe et la Thuringe, sont les plus gros organisateurs de ces concerts néonazis. Pour Sebastian Friedrich, qui rappelle les scores élevés obtenus par le parti d’extrême droite AfD dans ces deux régions aux élections législatives de septembre, ce n’est pas un hasard. «L’AfD et les néonazis, ce ne sont pas les mêmes acteurs. Mais le poids de l’AfD dans le débat politique, dominé par les questions migratoires, favorise le développement de la scène néonazie.» Comme l’observe Jan Raabe, «quand le chef de l’AfD, Alexander Gauland, qualifie le IIIe Reich de «pipi de chat» comme il vient de le faire, qui ne serait rien en regard d’un millénaire d’histoire allemande glorieuse, il est clair que cela déplace à droite le curseur de ce qu’on peut dire en public».

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