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Angela Merkel affirme qu'elle se représenterait en cas de nouvelles élections  
© Axel Schmidt

Impasse

En Allemagne, trois scénarios pour une sortie de crise

Fragilisée par son incapacité à former un gouvernement, Angela Merkel s’accroche. Et pourrait rester au pouvoir dans un gouvernement minoritaire qui risque de tenir quelques mois

C’est tendue et visiblement éprouvée qu’Angela Merkel s’est présentée, lundi vers 1h30, face aux caméras de télévision après plus de 12 heures de négociations infructueuses, rompues par l’un de ses partenaires potentiels de coalition: les libéraux du FDP. «Il vaut mieux ne pas gouverner que mal gouverner», assurait alors le patron du FDP, Christian Lindner, mallette de dossiers et manteau à la main, avant de disparaître dans sa voiture. «C’était vraiment de la terreur psychologique, nous avons maintenant tous besoin d’une thérapie», estimait le Vert Robert Habeck, en constatant l’échec des pourparlers.

Lire aussi: L’impasse politique plonge l’Allemagne dans l’incertitude

Huit semaines après les élections, l’Allemagne est sous le choc. Et Angela Merkel, qui jouait là sa survie politique, est plus que jamais sous pression. «En tant que chancelière, je ferai tout pour mener le pays hors de cette passe difficile», a-t-elle déclaré lundi au petit matin, avant de se corriger «en tant que chancelière chargée d’expédier les affaires courantes».

La distinction en dit long sur sa position à la tête du pays, depuis que son Parti chrétien-démocrate, affaibli par le plus mauvais score de son histoire, a échoué à former, avec les libéraux et les Verts, une coalition inédite au niveau national, dite «Jamaïque», en référence aux couleurs politiques des différents partenaires potentiels. Ces derniers – CDU, CSU bavaroise, FDP et Verts – ont été incapables de trouver un compromis sur l’environnement, le regroupement familial pour les réfugiés, l’abandon de l’impôt dit «de solidarité» en faveur de l’ex-RDA et la réforme de l’Union européenne.

Lire également notre éditorial: La fin sans éclat de l’ère Merkel

Conformément à la Constitution, la sortie de la crise – et donc l’avenir politique de la chancelière – est désormais entre les mains du président de la République, le social-démocrate Frank-Walter Steinmeier.

Un boulevard pour l’AfD

En théorie, trois scénarios sont possibles. Le président pourrait convoquer de nouvelles élections, début 2018. Angela Merkel dit ne pas craindre de se représenter si ce scénario se concrétise. Mais «le seul vainqueur d’une telle option serait le parti d’extrême droite AfD», souligne la politologue Andrea Römmele, de la Hertie School of Governance. Lundi, Frank-Walter Steinmeier répétait son refus d’un tel scénario et appelait l’ensemble des partis du Bundestag à «faire face à leurs responsabilités».

Restent deux options, qui passent toutes deux par un maintien de Merkel au pouvoir. Soit à la tête d’une coalition avec les sociaux-démocrates, comme entre 2005 et 2009, puis entre 2013 et septembre dernier. Soit, et c’est le plus vraisemblable puisque les sociaux-démocrates ont de nouveau exclu hier de reconduire la grande coalition, à la tête d’un gouvernement minoritaire. Cette option serait transitoire et permettrait à la cheffe de la CDU de convoquer elle-même des élections anticipées pour sortir la tête haute, au moment qui lui semblera opportun.

Lundi, l’échec des négociations apparaissait comme un échec personnel de la chancelière, déjà fragilisée par des législatives décevantes pour son Parti chrétien-démocrate (la CDU a réalisé le 24 septembre le pire score de son histoire avec 33% des voix), et alors que son cap centriste est de plus en plus contesté par l’aile droite du mouvement.

Première tempête

Si elle parvient à se maintenir au pouvoir, Angela Merkel réussira-t-elle, aussi, à sauver son bilan politique? Ce quatrième mandat, qu’elle a brigué voici exactement un an, le 20 novembre 2016, devait être celui qui sacrerait sa place dans l’histoire allemande. Il devait lui assurer le record de longévité en politique, et lui permettre de gouverner sans avoir à se soucier vraiment d’une éventuelle sanction des urnes, puisqu’il devait être le dernier.

«La fin des négociations signe la fin politique d’Angela Merkel», estime le politologue Frank Decker. Mais Angela Merkel n’a peut-être pas dit son dernier mot. La fin des négociations dimanche n’est pas la première tempête politique qu’elle traverse. A l’automne 2016, son avenir semblait déjà compromis, alors que son parti venait de perdre la première place aux élections régionales de son fief, le Mecklenbourg-Poméranie, au profit des populistes de l’AfD. Elle était alors parvenue à rebondir grâce aux inquiétudes provoquées par le Brexit et l’élection de Donald Trump.

Lire également la revue de presse: Angela Merkel se retrouve confrontée à sa plus grave crise politique

Mais la nouvelle crise provoquée par son incapacité à trouver une majorité place Angela Merkel dans une situation encore plus délicate. Pour la première fois, des voix se sont élevées au sein de la CDU pour réclamer ouvertement un virage à droite. Lors de son élection au poste de chef du groupe parlementaire conservateur au Bundestag au lendemain du vote, Volker Kauder, fidèle parmi les fidèles, a obtenu un score décevant, attribué à l’impatience des jeunes du parti mais aussi à des désaccords politiques.

La chancelière, qui a réussi à écarter tout rival potentiel au sein de la CDU, doit désormais envisager d’organiser sa succession à la tête du parti.


Les libéraux responsables de la crise?

Les Verts allemands ne cachaient pas lundi leur frustration. «Les libéraux, affirme le vice-président des écologistes allemands, Cem Özdemir, avaient décidé à l’avance de faire échouer les négociations.»

Le FDP, allié traditionnel des conservateurs allemands depuis les débuts de la République, avait obtenu le 24 septembre 10,7% des voix. Ce succès inespéré après une douloureuse traversée du désert – le parti avait été expulsé du Bundestag en 2013 – donnait aux libéraux un rôle clé dans les négociations en vue de former le prochain gouvernement. Mais le FDP aurait claqué la porte pour n’avoir pu imposer ses vues aux chrétiens-démocrates et aux Verts. «Le FDP, estime le politologue Nils Diederich, a pour principale préoccupation de se profiler. Il lui fallait obtenir une véritable victoire sur un dossier de première importance, comme l’impôt solidarité [cet impôt très impopulaire de 5,5% destiné à financer la réunification et à soutenir les Länder de l’ex-RDA]. Or, le FDP n’a pas obtenu ce qu’il voulait sur ce point.» La CDU, notamment, tient à conserver l’impôt qui lui permet de marquer des points à l'est de l'Allemagne.

De l’avis des observateurs, le parti n’aurait de toute façon eu ni le personnel, ni la solidité nécessaires pour exercer le pouvoir sur une période de quatre ans. Le très ambitieux président du parti, Christian Lindner, aurait redouté de connaître le même sort que son prédécesseur Guido Westerwelle, ministre des Affaires étrangères d’Angela Merkel entre 2009 et 2013. Incapable de s’imposer face à sa partenaire de coalition, Westerwelle avait quitté le pouvoir sur une cuisante défaite dont le parti se remet doucement.

Dès le soir du scrutin, le 24 septembre, Lindner et le chef du SPD, Martin Schulz, s’étaient livrés face aux caméras de télévision à un étonnant ballet, chacun exigeant de l’autre qu’il entame des négociations avec Angela Merkel, et revendiquant pour son camp le droit à quatre années de régénérescence sur les bancs de l’opposition.


«Un gouvernement minoritaire ne tiendrait pas sur la durée»

L’analyse de Nils Diederich, politologue émérite à l’Université libre de Berlin

«La sortie de cette crise dépend du président de la République, Frank-Walter Steinmeier, qui a annoncé hier son intention de mener des pourparlers avec tous les partis politiques à même de participer au prochain gouvernement.

Concrètement, il va essayer de convaincre les sociaux-démocrates de reconduire la grande coalition avec la CDU. Mais le SPD a répété hier qu’il est opposé à cette solution. Reste donc l’option d’un gouvernement minoritaire CDU-Verts, avec le soutien au cas par cas des libéraux. Un tel gouvernement ne tiendrait pas sur la durée.

La première épreuve de force serait la négociation du prochain budget. Cela veut donc dire que d’ici à un an, en octobre 2018, Angela Merkel devrait provoquer des élections anticipées. Dans les deux cas, Angela Merkel peut sortir renforcée de la crise. En s’alliant de nouveau avec le SPD, elle pourrait mettre en avant sa capacité à sortir le pays de situations difficiles. En acceptant de former un gouvernement minoritaire, elle aurait l’option de sortir la tête haute, en choisissant elle-même le moment de sa sortie, à la différence de Helmut Kohl par exemple, qui n’a pas su s’arrêter au bon moment.

Dans tous les cas, je ne crois pas qu’on assistera à de nouvelles élections, car aucun des partis établis n’y gagnerait. Seul le président de la République pourrait provoquer de nouvelles élections à court terme, et Frank-Walter Steinmeier a clairement dit hier qu’il y était opposé.»

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