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Beatrix von Storch: «La liberté d’expression est en danger».
© HANNIBAL HANSCHKE/REUTERS

afd

En Allemagne, un message entre haine et censure

Un tweet anti-réfugiés du parti populiste AfD a été effacé par les réseaux sociaux, en vertu d’une loi entrée en vigueur le 1er janvier. L’affaire provoque des remous dans le pays.

L’affaire a commencé par un tweet de bonne année posté par la police de Cologne et orné d’une photo. La cathédrale de la ville et le pont voisin s’y détachent sur fond de feu d’artifice, assortis d’un texte souhaitant la «bonne année à tout le monde à Cologne, à Leverkusen et ailleurs». Le texte est rédigé en allemand, en anglais, en français et… en arabe.

Censure suivie d'une vive polémique

Cette dernière version – «une procédure habituelle», selon la police, pour se faire comprendre lors d’importants rassemblements tels que les matches de football, le carnaval ou les fêtes de fin d’année – a provoqué sur les réseaux sociaux une avalanche de messages haineux de la part du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD).

L’un de ces messages – un tweet anti-migrants de la députée Beatrix von Storch – a été supprimé par Twitter et Facebook en vertu d’une loi en vigueur depuis le 1er janvier, provoquant une vive polémique dans le pays. Le compte de la députée a par ailleurs été fermé par Twitter pendant 12 heures. Depuis le début de l’année, les réseaux sociaux ont 24 heures pour retirer tout message haineux de la Toile et encourent de fortes pénalités en cas de non-respect de la nouvelle loi.

Référence aux agressions de la St-Sylvestre 2015

La députée Beatrix von Storch, représentante de l’aile chrétienne fondamentaliste de l’AfD, a été la première à réagir aux vœux de bonne année «multiculturels» des forces de l’ordre de Cologne. «Que diable se passe-t-il dans ce pays? Pourquoi la police publie-t-elle désormais ses messages officiels en arabe? Pensez-vous ainsi amadouer les hordes de barbares, musulmans et violeurs en réunion?» Une référence explicite aux agressions sexuelles dont avaient été victimes de nombreuses femmes à Cologne lors de la Saint-Sylvestre 2015 de la part de jeunes migrants, une affaire qui avait scandalisé le pays.

Beatrix von Storch n’en est pas à son coup d’essai. Connue pour ses sorties à l’emporte-pièce, elle ne cache guère son ressentiment contre l’islam. Elle avait notamment demandé aux gardes-frontière de protéger les frontières quitte à «recourir à la violence» contre les réfugiés qui entreraient illégalement en Allemagne, «y compris contre les femmes et les enfants».

Méthodes de communication à revoir

Jusqu’au 1er janvier, le tweet de Beatrix von Storch n’aurait pas attiré davantage l’attention que les multiples messages provocants postés par les membres de son parti, une formation qui a volé de succès électoral en succès électoral depuis l’accueil par l’Allemagne de près d’un million de réfugiés à partir de l’été 2015. L’AfD est aujourd’hui représentée dans 14 des 16 Länder allemands, possède des élus au Parlement européen et compte 92 députés au Bundestag. L’AfD sera le principal parti d’opposition en cas de reconduction de l’actuelle coalition CDU-SPD sous la houlette d’Angela Merkel.

Mais l’AfD devra revoir en partie ses méthodes de communication. Ce parti très actif sur les réseaux sociaux doit désormais compter avec la nouvelle loi sur les réseaux sociaux, la NetzDG, entrée en vigueur avec la nouvelle année. Le texte menace Twitter, Facebook, YouTube & Co de jusqu’à 50 millions d’euros d’amende s’ils ne retirent pas du Web sous 24 heures tout contenu pouvant «inciter à la haine». La virulence des réactions des autres dirigeants de l’AfD en dit long sur les inquiétudes de ce parti, en froid avec la presse et habitué à utiliser la Toile pour faire passer son message.

«Méthodes dignes de la Stasi»

«Dénoncer un comportement criminel et en indiquer l’arrière-plan culturel n’est pas seulement légitime mais nécessaire. Si on n’a plus le droit d’appeler les choses par leur nom, la liberté d’expression est en danger», s’insurge Beatrix von Storch. «Ces méthodes dignes de la Stasi [la police politique de l’Allemagne de l’Est, ndlr] me font penser à l’ex-RDA», s’indigne de son côté le patron du parti, Alexander Gauland.

«L’année commence avec une loi de censure et de soumission de nos autorités face à des hordes de migrants importées, maraudant, tripotant, tabassant ou tuant à coups de couteau, auxquelles il va falloir s’habituer», twittait pour sa part la cheffe du groupe parlementaire de l’AfD au Bundestag, Alice Weidel, dans un message à son tour supprimé par Twitter.

Une nouvelle loi critiquée

L’AfD redoute davantage la nouvelle loi que les poursuites judiciaires. Le tweet de Beatrix von Storch a en effet également suscité une avalanche de plaintes. La police de Cologne mais aussi des centaines de particuliers ont saisi le procureur de Cologne. Des poursuites seraient possibles une fois levée l’immunité de la députée, ce qui prendra du temps, là où la «sanction» de Facebook ou Twitter est immédiate.

La nouvelle loi, pourtant, suscite aussi de nombreuses critiques. Dans les rangs de l’opposition, qui craint pour la liberté d’expression, mais aussi du côté des magazines satiriques, comme Titanic. Ce journal, qui tentait de poursuivre le débat avec Beatrix von Storch sur le mode de la parodie, a vu son compte Twitter suspendu à son tour pendant 12 heures. «La nouvelle loi confie à des monopoles d’Internet le soin de trancher entre haine, satire et liberté d’expression», s’indigne le parti néo-communiste Die Linke. 

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