La Une du magazine Focus de cette semaine a profondément choqué les Grecs: on y voit une Venus de Milo de marbre, les hanches drapées du drapeau national pointer le doigt d’honneur sous un titre peu équivoque: «Un escroc au sein de la famille européenne»… «Ce qui irrite particulièrement avec la crise grecque est le fait que ce pays n’a pu intégrer la zone euro qu’à force d’incroyables tricheries, estime le quotidien WAZ. Cela renvoie à une autre question: pourquoi l’Union européenne n’a-t-elle pas examiné de façon plus précise les comptes de la Grèce? Cela ne doit pas se reproduire. Et maintenant, l’Allemagne devra sans doute aider à sortir de cette impasse, avec 5 mds d’euros… Ce n’est pas juste. Mais y a-t-il une autre solution?» Le 11 février, 71% des Allemands disaient refuser d’aider la Grèce sur le dos des contribuables, dans un sondage réalisé par l’institut Emnid pour la chaîne télévisée N24.

Les Allemands de fait se sentent bernés par leur partenaire sud européen, et la crise réveille de vieilles rancunes, avec en parallèle le photomontage en Une du quotidien Eleftheros Typos, montrant la déesse de la Colonne de la Victoire, au centre de Berlin, brandissant une croix gammée.

En Allemagne, seule la presse économique semble conserver son sang-froid: «L’union monétaire, telle que la voulait l’Allemagne, a échoué, estime le quotidien des Affaires Handelsblatt. Le calcul allemand, qui voulait qu’on donne à l’euro la même force qu’au mark grâce au pacte de stabilité, et à une banque centrale européenne indépendante, sans le moindre transfert financier envers les pays plus faibles et en s’assurant l’accès à un important marché pour nos exportations, ce calcul s’est avéré erroné. Les pays de l’euro-Land n’ont à présent pas d’autre choix que de mettre en place un système d’aide qui permettra à la Grèce de sortir de cette fatale spirale.» La chaîne d’informations en continu Inforadio rappelait récemment que la République fédérale ne fonctionnait pas autrement, déjà du temps du Deutsche mark, avec un important transfert financier des Länder les plus riches vers les plus pauvres.