Deux bombes, à quelques heures d'intervalle, l'une au nord l'autre au sud, l'une posée dans une voiture, l'autre transportée par un activiste qui s'est fait voler en morceaux. Une trentaine d'Israéliens ont été blessés, dont un très grièvement. Toute la journée d'hier, Jérusalem a vécu dans l'angoisse d'une nouvelle explosion plus meurtrière encore.

Pour les Israéliens, le choc est d'autant plus fort qu'ils s'étaient couchés la veille avec une autre nouvelle dramatique: la mort d'une balle en pleine tête, à Hébron, de l'enfant de dix mois qu'un colon israélien tenait dans ses bras. C'était le premier mort israélien dans cette ville où 500 colons, protégés jour et nuit par l'armée israélienne, vivent au milieu de 120 000 Palestiniens. La petite Shalhevet Pass devient aussi la victime la plus jeune de cette Intifada, la révolte palestinienne entamée il y a exactement six mois.

L'organisation de défense des droits de l'homme israélienne B'Tselem vient de publier une étude dans laquelle elle accuse les colons d'avoir tué au moins six personnes au cours de l'Intifada. Allant plus loin, les Palestiniens considèrent les colons (qui sont armés) comme des forces paramilitaires. Depuis des mois, l'un de leurs objectifs a été de creuser le fossé entre l'opinion publique israélienne et le sort de ces colons peu aimés par la gauche israélienne.

Le meurtre de lundi a pourtant rapidement ressoudé l'ensemble des Israéliens. Prompte à garantir qu'il était délibéré, l'armée l'a mis sur le compte d'un tireur posté dans une maison du quartier d'Abu Sneina qui fait face à l'enclave juive. Immédiatement, Tsahal lançait des opérations de représailles, ordonnant l'évacuation de tout le quartier et blessant une douzaine de civils palestiniens, dont un enfant de 9 ans. Hier, le colonel Noam Tibon, qui est en charge de la région de Hébron, promettait une «réponse» plus décidée encore de l'armée.

Pour leur part, les colons n'avaient hier qu'un mot à la bouche: «Vengeance.» «Il va y avoir une explosion atomique ici, disait l'un d'eux à un journal israélien. S'ils tuent un enfant de dix mois, ils doivent s'attendre à une réponse. Maintenant tout peut arriver ici.»

De fait, tant Tsahal que les alliés du premier ministre Ariel Sharon commencent à perdre patience devant ce qu'ils considèrent comme une «tiédeur» coupable de la part de celui qu'ils ont porté au pouvoir pour qu'il mate par la force l'Intifada palestinienne. Parlant à la radio quelques minutes à peine avant l'explosion de la première bombe, un député du Parti national religieux, Shaul Yahalom s'emportait: «Apparemment, le premier ministre ne comprend pas que l'écrasante majorité des Israéliens qui a voté pour lui veut qu'il adopte une politique différente de celle de (son prédécesseur) Ehud Barak.» Sur la même ligne, la ministre de l'Education, Limor Livat, disait «être sûre» qu'Ariel Sharon n'allait pas permettre «que continuent ces attaques».

Le deuxième attentat avait lieu hier au moment même où Ariel Sharon réunissait son cabinet de sécurité pour tenter de répondre à la première attaque. Visiblement mal à l'aise, les proches du premier ministre se sont empressés d'expliquer que leur chef avait une stratégie plus dure en réserve, mais qu'il attendait pour l'appliquer que prenne fin la réunion de la Ligue arabe qui a débuté hier à Amman. Pour le gouvernement israélien, il ne fait en effet pas de doute que ce sursaut de violence a été décidé par Yasser Arafat pour forcer les pays arabes à adopter une ligne dure contre l'Etat hébreu. «Nous ne voulons pas entrer dans le jeu d'Arafat», notait-on au bureau du premier ministre.

De manière plus ou moins claire, le camp d'Ariel Sharon en vient presque à avouer une certaine impuissance face à cette insurrection, alors que le nouveau gouvernement s'est installé il y a à peine trois semaines. Après avoir essayé d'enfermer les villes palestiniennes jusqu'à les faire étouffer, Tsahal a un peu allégé le bouclage ces derniers jours. Hier, la ville de Hébron avait été bien sûr coupée du monde et ses habitants privés de toute possibilité de s'en échapper. Mais personne ne parlait de rétablir un bouclage intégral ailleurs. «Il n'y a pas de réponse pour prévenir de manière absolue chaque attaque», a concédé le maire de Jérusalem, Ehud Olmert (Likoud) qui n'avait cessé de condamner la «mesure» dont faisait preuve à ses yeux le gouvernement précédent.