New York est déjà l’épicentre de la crise financière mondiale. La ville se passerait bien de devenir en outre l’un des principaux foyers de propagation du virus responsable de la grippe porcine. Or, sur les 91 cas avérés de maladie aux Etats-Unis, mercredi en milieu de journée, 51 ont été dénombrés à New York. Et les autorités de la ville l’ont déjà annoncé: elles en prévoient des centaines d’autres.

Mercredi, un enfant de 2 ans est mort au Texas, devenant la première victime décédée du virus aux Etats-Unis. Toutefois, selon les responsables des Centers for Disease Control and Prevention (CDC), qui vérifient l’avancée de la pandémie, l’enfant, mexicain, se trouvait en visite aux Etats-Unis, et c’est au Mexique qu’il aurait contracté la grippe. Aux Etats-Unis, jusqu’ici, la plupart des malades ne montrent que des symptômes légers. Seules deux personnes ont été hospitalisées, un jeune homme dans le Bronx ainsi qu’une femme de Brooklyn.

Les premiers cas ont été signalés la semaine dernière dans une école du Queens, un autre district de New York, après que des élèves furent revenus d’un voyage d’école à Cancun, au Mexique. Depuis lors, l’école a été provisoirement fermée. Mais d’autres établissements scolaires ont aussi été touchés. Selon les directeurs de ces écoles, «des centaines d’élèves» se seraient déclarés malades.

De fait, étant donné l’aspect apparemment bénin de la maladie, la municipalité a renoncé à pratiquer des tests systématiques auprès des adolescents pour confirmer ou non qu’ils étaient bien porteurs du même virus.

«Nous nous attendons que le virus continue de progresser, et nous pourrions malheureusement voir des gens devenir très malades et mourir, commentait le maire de New York, Michael Bloomberg. Nous allons faire tout ce que nous pourrons pour réduire ce risque.»

A Washington, le président Barack Obama a demandé au Congrès une aide d’urgence de 1,5 milliard de dollars afin d’augmenter les stocks des médicaments antiviraux et de se donner les moyens de mieux contrôler la progression de la maladie. «Je pense vraiment que nous devons être prêts à une dégradation de la situation. Il s’agit davantage d’un marathon que d’un sprint», expliquait de son côté aux membres du Congrès la responsable du CDC, Anne Schuchat. Dès dimanche, les Etats-Unis ont déclaré l’état d’urgence médicale.

A proximité des écoles du Queens, les pharmacies assurent avoir été prises d’assaut et avoir liquidé en quelques jours leur stock de Tamiflu. Michael Bloomberg a appelé les New-Yorkais à «rester calmes» et à éviter de se ruer sur les antiviraux. «Nos fournisseurs nous ont assuré qu’ils avaient des médicaments en suffisance pour soutenir toute la chaîne de distribution», complétait un de ses collaborateurs.

Si les New-Yorkais restent pour l’instant stoïques, quelques signes d’angoisse transparaissent dans les transports publics ou dans les rues, où quelques rares personnes ont commencé à porter des masques de chirurgien. Mardi, à Times Square, des journalistes présents se précipitaient sur un couple de touristes du Maghreb qui, tous deux, portaient le masque: «Je pensais que les Américains avaient plus de jugeote, expliquait l’homme en regardant autour de lui les passants impassibles. Ils sont fous de ne pas porter de masque.»

Dans l’immédiat, presque autant que les conséquences sanitaires, ce sont les possibles répercussions économiques qui inquiètent les New-Yorkais. Frappée de plein fouet par la crise financière et par les milliers d’emplois qui ont été supprimés dans le secteur, la ville s’effraie devant le nouveau coup dur que pourrait représenter une baisse du tourisme avec l’arrivée des beaux jours. D’ores et déjà, nombre de liaisons aériennes avec le Mexique – une des destinations de vacances favorites des New-Yorkais – ont été coupées, et les compagnies ont fait grimper le prix des billets pour parer aux problèmes de sécurité. Mais, surtout, la ville craint d’être mise sur la liste noire des destinations à éviter.

«Il ne manquait plus que ça pour compléter le tableau, s’amuse Thomas, un jeune New-Yorkais qui propose aux touristes des billets à prix réduit pour les shows de Broadway. Vous trouvez que c’est l’état d’urgence ici?» grogne-t-il en imitant une toux de grippé. Mais il se fait compréhensif: «Remarquez, toute cette histoire, ça donne quand même des frissons…»