Au 11e jour des protestations contre le régime de Hosni Moubarak, des centaines de milliers d’Egyptiens sont descendus dans les rues pour une mobilisation générale baptisée «le vendredi du départ» du raïs, au pouvoir depuis près de trente ans. La manifestation du Caire, à laquelle ont participé des dizaines de milliers de personnes, s’est déroulée dans le calme.

Les partisans du président, à l’origine de violents affrontements mercredi et jeudi ayant fait huit morts et 915 blessés selon le Ministère de la santé, n’étaient pas visibles aux abords de la place, où l’armée avait déployé des dizaines de véhicules pour créer une zone tampon.

Les manifestants étaient aussi nombreux dans le delta du Nil (10 000 à Alexandrie, 20 000 à Menoufiya), ainsi qu’à Suez, à Assiout (centre) et à Louxor (sud).

«Dégage, dégage!»

Prosternés sur la place Tahrir (Libération), des dizaines de milliers d’opposants ont fait la prière aux morts, certains les larmes aux yeux, pour honorer leurs «martyrs» après plus d’une semaine de violences meurtrières. «Nous sommes nés libres et allons vivre libres […]. Je vous demande de patienter jusqu’à la victoire», a déclaré l’imam identifié comme Khaled al-Marakbi par les fidèles lors de la prière hebdomadaire du vendredi, la première tenue par les manifestants sur la vaste place emblématique. Les manifestants l’ont prise au terme d’affrontements meurtriers avec la police il y a une semaine. Depuis, ils ne l’ont pas quittée.

Des opposants se sont promenés cette semaine sur la place avec de grandes photos de jeunes victimes des violences, coiffées du mot arabe chahid – martyr en français.

Dès la fin de la prière aux morts, les fidèles ont commencé à scander les slogans qu’ils répètent depuis des jours: «Dégage, dégage!» à l’encontre du raïs, «Je suis Egyptien! Je n’ai pas peur! Je suis un lion sur la place!» Des milliers de personnes, des hommes dans leur immense majorité, se pressent pour écouter et acclamer les orateurs qui se succèdent au micro d’une mauvaise sono. Mohamed al-Awaa, un islamiste modéré, fait rugir la foule de plaisir en lançant: «Nous attendons ce moment depuis trente ans, cela fait trente ans que je rêve de voir autant de monde sur cette place et le changement arriver!» Une petite estrade a été dressée, avec une autre sono, dans un autre coin de la place. Des poètes, chanteurs, musiciens s’y relaient.

Des centaines de manifestants pro-régime se sont rassemblés sur la rive opposée du Nil, mais il semble que les instructions qu’ils ont reçues étaient de ne pas faire irruption dans le cœur de la capitale.