Yémen

Al-Qaida attaque l’armée à Sanaa

Un kamikaze en uniforme militaire a tué lundi près de 100 soldats lors d’une répétition d’une parade pour le 22e anniversaire de l’unification du pays

Des dizaines de corps en habit militaire jonchent le sol. Tout autour, des lambeaux de chair éparpillés. Les télévisions arabes diffusaient les images d’un carnage inouï lundi à Sanaa, la capitale du Yémen. Un kamikaze vêtu d’un uniforme de l’armée s’est fait exploser au milieu des soldats, alors que se préparait la parade pour le 22e anniversaire de l’unification du nord et du sud du pays. Près de 100 militaires sont morts à quelques pas du palais présidentiel, sur la place Sabiine. Au moins 300 autres ont été blessés. Non loin de là, le ministre de la Défense et le chef de l’état-major assistaient à la répétition.

Ansar al-Sharia, un groupe affilié à Al-Qaida dans la péninsule arabique (AQPA), revendique l’attentat suicide qui a pris les autorités par surprise. Une menace adressée directement au pouvoir central, dix jours après le lancement par le nouveau président Abd Rabbo Mansour Hadi d’une attaque contre les bastions de l’organisation islamistes dans le sud du pays.

Depuis le 12 mai, l’offensive, conduite par 20 000 hommes de l’armée en Abyane et Chabwa, en marge des frappes de drones imputées aux forces américaines, a tué près de 230 personnes, dont plus de 150 djihadistes. Parmi eux, plusieurs leaders.

Une situation de «guérilla»

«La guerre contre le terrorisme a conduit le pays à une situation de guérilla, estime le spécialiste du Yémen Laurent Bonnefoy, de l’Institut français du Proche-Orient (IFPO). Aujourd’hui, le nouveau président est forcé d’intensifier la lutte sous la pression américaine et saoudienne.» L’ancien président Ali Abdallah Saleh avait ouvert le front avant que n’éclate une contestation massive contre lui, dans la foulée du Printemps arabe, début 2011. Le réseau terroriste a tiré parti de la période d’instabilité qui a suivi, alors que le leader s’accrochait à son trône et que les défections se multipliaient au sein de l’armée.

Mais la présence de combattants djihadistes au Yémen s’est accrue, surtout depuis l’utilisation massive de drones dans les zones tribales au Pakistan et en Afghanistan, explique le chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS), David Rigoulet-Roze. On estime que le nombre de combattants d’AQPA est passé de 300 en 2009 à 1000 aujourd’hui.

Mais les frappes américaines s’intensifient aussi sur le Yémen. Le Pentagone disposerait d’une base secrète de drones dans la ville de Hodeïda, dans l’ouest du pays, d’où une dizaine d’attaques auraient déjà été menées depuis début 2012, soit plus que pour l’ensemble de l’année 2011. Lundi, Al-Qaida déclarait avoir tendu dimanche à Hodeïda une embuscade à des experts américains, blessant l’un d’entre eux. Suite à quoi l’ambassade américaine à Sanaa a démenti la présence d’experts dans cette ville.

Quant à l’attentat d’hier, il touche en plein cœur une unité de la sécurité centrale spécialisée dans le contre-terrorisme, dirigée par un neveu de l’ex-président. «C’est un succès manifeste pour Al-Qaida, qui démontre qu’il est capable d’atteindre le pouvoir central, ajoute Laurent Bonnefoy. Le risque, c’est que la stratégie de confrontation totale qui est celle des Etats-Unis soit perpétuée, alors même qu’elle conduit à une spirale de violence.»

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