La réforme de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui sera débattue aujourd’hui par son organe décisionnel, l’Assemblée mondiale de la santé, fait l’objet d’appréciations très contrastées de la part des Etats membres et des acteurs du secteur sanitaire. Lancée en 2010, destinée à rendre l’organisation plus réactive, plus efficace et plus transparente, elle est pourtant loin de faire l’unanimité: certains la jugent trop timorée, d’autres estiment qu’elle se fourvoie et qu’elle ne permet pas de garantir l’indépendance de l’institution vis-à-vis de ses partenaires financiers privés.

La refonte est en outre mal vécue par le personnel du siège genevois de l’OMS, qui a dû faire face l’an dernier à la suppression de 350 postes sur 2400, en raison des difficultés financières de l’organisation, et qui craint une nouvelle vague de licenciements. «Pour l’heure, rien n’est prévu en ce sens car notre situation financière est meilleure que prévu avec un déficit de 50 millions de dollars au lieu des 300 initialement attendus pour 2011», assure Andrew Cassels, le directeur de la stratégie de l’OMS. Des propos qui ne suffisent pas à rassurer les employés: «Le moral et la motivation sont au plus bas, et les mouvements internes liés aux premières mesures de réorganisation ne font qu’empirer les choses», relève une consultante qui travaille au siège de l’institution.

Cinq catégories prioritaires

Dans le vaste éventail de propositions avancées par l’OMS pour mener à bien la réforme – qui reste embryonnaire pour l’heure –, celles qui devraient provoquer les débats les plus nourris ce jeudi concernent les cinq catégories prioritaires retenues par les instances dirigeantes de l’organisation dans le but de mieux cibler son action future (maladies transmissibles; maladies non transmissibles; santé à toutes les étapes de la vie; systèmes de santé; préparation, surveillance et intervention), et la manière dont celles-ci vont déterminer l’élaboration des prochains budgets. Autre sujet phare, les propositions concernant le budget de l’organisation, dans le but de le rendre plus prévisible – il ne l’est qu’à hauteur de 40% – et plus flexible, car il est à près de 80% constitué de contributions volontaires, qui sont variables et proviennent à la fois d’Etats et de donateurs privés. Parmi eux, la Fondation Bill et Melinda Gates, deuxième plus grand contributeur volontaire de l’OMS avec 220 millions de dollars versés au budget 2010-2011.

Andrew Cassels s’attend à ce que les débats se soldent par un aval global à la poursuite du processus de réforme, avec la mission d’affiner les réflexions sur le financement et l’établissement d’un calendrier pour la poursuite des débats.

Revoir le système

Le soutien de la Suisse aux propositions formulées par l’OMS ne fait aucun doute. «La réforme avance de manière satisfaisante, elle doit être poursuivie», plaide son ambassadeur, Gaudenz Silber­schmidt, vice-directeur de l’Office fédéral de la santé publique, également membre du conseil exécutif, l’organe directeur de l’OMS.

D’autres sources diplomatiques occidentales estiment en revanche que le processus ne suffira pas à rendre l’institution notablement plus efficace: «Le problème des six bureaux régionaux, par exemple, reste entier, note l’une d’elles. Ces instances, qui ont une immense autonomie, constituent autant de petites OMS disséminées dans le monde, avec, à la clé, des problèmes de gestion interne parfois sérieux, et du travail fait à double avec le siège. Dans le cadre de la réforme, on leur demande uniquement de rendre quelques documents supplémentaires, alors que c’est tout le système qui devrait être revu.»

Pour German Velasquez, conseiller pour la santé de Centre Sud, un organisme intergouvernemental qui soutient les pays émergents dans le cadre des négociations Nord-Sud à l’OMS, l’OMPI et l’OMC, le problème est ailleurs. «L’OMS n’est plus une alliance publique multilatérale. Au cours de la dernière décennie, elle a été peu à peu privatisée avec l’augmentation de la proportion de fonds privés, elle a perdu son indépendance, et elle échappe aujourd’hui au contrôle de l’assemblée.» Selon lui, la refonte lancée par l’OMS «ne s’attaque pas au vrai problème. Pour être valable, une réforme aurait dû se baser un diagnostic indépendant du fonctionnement de l’organisation plutôt que sur celui de son secrétariat, et viser à restaurer la suprématie des contributeurs publics sur les privés.» Il s’agit aujourd’hui «de freiner le plus possible la réforme en cours en laissant le processus aussi ouvert que possible, dans le but de la réorienter», renchérit le représentant d’un pays du Sud.

Mais il se pourrait que Margaret Chan, réélue mercredi par l’Assemblée avec 98% des suffrages à la tête de l’OMS pour son deuxième et dernier mandat, décide désormais de hausser le ton et d’accélérer la réforme jusqu’à son départ en 2017.