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La prison centrale d’Aden, principale ville du sud du Yémen. Une de ses sections fait partie du réseau de prisons secrètes financées par les Emirats arabes unis et les forces armées loyalistes yéménites.
© Maad El Zikry / AP PHOTO

Péninsule arabique

Des Américains dans les centres de torture du Yémen

Selon l’agence AP, des militaires américains mèneraient des interrogatoires dans des prisons secrètes financées par les Emirats arabes unis et les forces armées loyalistes yéménites. Rien ne prouve toutefois qu’ils aient eux-mêmes infligé des sévices aux prisonniers

Une enquête de l’agence américaine Associated Press publiée ce jeudi révèle que des «centaines d’hommes» portés disparus au Yémen ces dernières années étaient en fait transférés dans des prisons secrètes situées dans le sud du pays. AP a recensé et cartographié 18 centres de détention clandestins dans lesquels des actes de violence et de «torture extrême» auraient eu lieu et continueraient aujourd’hui, d’après le témoignage d’une dizaine d’anciens prisonniers. La méthode dite du «gril» y est par exemple courante: la victime est attachée sur une broche suspendue au-dessus d’un cercle de flammes.

Dans des bases, des villas et même une boîte de nuit

Selon l’agence de presse, ce réseau serait financé et organisé par les Emirats arabes unis et les forces armées yéménites, commandées par le président Abd Rabbo Mansour Hadi. Autre point important: les Etats-Unis auraient mené des interrogatoires dans ces prisons, «situées dans des bases militaires, des ports, un aéroport, des villas privées et même dans une boîte de nuit».

Le Yémen est déchiré depuis deux ans par une guerre particulièrement meurtrière, qui a éclaté après l’échec de la transition politique initiée pendant le «printemps arabe» de 2011. Le président Abd Rabbo Mansour Hadi avait été chassé de la capitale, en 2015, par l’avancée d’une rébellion houthie. Mais une reconquête du pays a été lancée la même année, menée par une coalition de pays arabes dirigée par l’Arabie Saoudite. A ses côtés, dans cette opération baptisée «Tempête décisive», les Emirats arabes unis et les forces yéménites loyales au président Mansour Hadi.

Large soutien logistique américain

Sous Obama, les Etats-Unis avaient déjà officiellement apporté leur soutien en logistique et en renseignement à «Tempête décisive». Les Américains effectuent régulièrement des frappes de drones au Yémen – au nombre de 21 pour l’année 2016, 80 recensées depuis début 2017. L’administration Trump a également mené au moins un raid au sol sur le territoire yéménite au début de l’année 2017: l’opération visait des repaires d’Al-Qaida, historiquement implanté dans le pays, et considéré comme l’autre ennemi de la coalition.

L’enquête d’AP révèle donc une autre facette de l’implication des forces armées américaines sur les terres yéménites. En 2009, Barack Obama avait pourtant (en théorie) mis fin aux black sites, le réseau de prisons secrètes de la CIA réputées pour leur usage de la torture, installé après le 11-Septembre.

Mise en lumière des pays impliqués

Les nombreux enlèvements, détentions arbitraires et tortures au Yémen avaient déjà été dénoncés l’an dernier par Amnesty international dans un rapport. Mais cette enquête lève en partie le voile sur les pays impliqués: les Emirats arabes unis, l’un des belligérants les plus actifs de la coalition, et les Etats-Unis. A Washington, de hauts responsables, notamment du Ministère de la défense, ont reconnu que les forces armées américaines avaient bien mené des interrogatoires dans ces sites secrets.

Mais l’administration se défend de s’être livrée à des actes de violence durant ces entretiens. L’armée américaine aurait mené sa propre investigation et conclu qu’il n’y avait «rien de probant» concernant les soupçons de sévices corporels. Selon AP, le simple fait d'«interroger des détenus qui ont subi des abus» au cours de leur détention, pourrait constituer une violation du droit international, «qui interdit la complicité de torture».

Ces révélations reposent aussi sur les éléments apportés par douze responsables yéménites: officiers, responsables du gouvernement et membre des services de sécurité. Une vingtaine de proches d’anciens prisonniers ont également apporté leur témoignage.

Des incarcérations aux motifs flous

Les motifs des incarcérations demeurent flous, et les arrestations semblent arbitraires. Dans une vidéo complémentaire éditée par AP, un ancien prisonnier anonyme dit être resté reclus «environ 177 jours» et n’avoir connu qu’un seul interrogatoire, au bout d’une dizaine de jours, au sujet d’un membre de sa famille habitant le même quartier que lui. Le reste de sa détention n’était que «passages à tabac, insultes et humiliations».

AP précise que cet interrogatoire n’a pas été mené par des agents américains et qu’aucun ancien prisonnier ayant témoigné n’a déclaré avoir eu affaire à un enquêteur venu des Etats-Unis. Cependant, des officiers yéménites, dont un membre du Ministère de l’intérieur, ont confirmé que du personnel américain était bien impliqué.


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