Ces Américains privés du droit de vote

Ce mardi, tous les Américains majeurs n’auront pas le droit de voter. Selon le Sentencing Project, un groupe de réflexion spécialisé dans le système de justice pénale américain, 5,9 millions de citoyens n’auront pas le droit de glisser un bulletin dans l’urne. Motif: en raison de condamnations antérieures pour crime ou acte délictueux grave, leur droit de vote leur a été retiré. En Floride, 10,4% des résidents subissent une telle privation. D’autres Etats sont aussi particulièrement sévères quand il s’agit de priver des prisonniers actuels ou anciens de leur droit de vote. Le Mississippi (8,3%), le Kentucky (7,4%), la Virginie (7,3%) ou encore l’Alabama (7,2%) sont parmi les Etats les plus répressifs.

Des gens intégrés

Les statistiques du Sentencing Project mettent en lumière un fait préoccupant. Environ 44% des 5,9 millions de citoyens privés de leur droit de vote ont certes commis des crimes, mais ils ont déjà purgé leur peine. C’est le résultat de lois très restrictives en vigueur dans 12 Etats. Par ailleurs, 75% des Américains privés de droit de vote, mais bénéficiant d’un sursis ou d’une liberté conditionnelle, ne vivent pas comme des marginaux. Ils sont intégrés dans des communautés. Les Afro-Américains sont de loin les plus touchés par ce refus de toute rédemption, pourtant ancrée dans la culture des Etats-Unis. Ces privations de droit de vote touchent un électeur noir sur 13. En Floride, ce sont 23,3% des Noirs en âge de voter qui ne peuvent participer aux élections en raison d’un casier judiciaire chargé. Dans le Kentucky (22,3%), en Virginie (20,4%) et dans le Tennessee (18,9%), la proportion d’Afro-Américains n’ayant pas le droit de se rendre aux urnes est également très élevée.

Cette étrange approche de la citoyenneté pourrait avoir un impact sur les élections de mi-mandat. Dans la course au Congrès ou à des postes de gouverneurs, les écarts entre les candidats démocrates et républicains sont parfois ténus.