Pour les Etats-Unis en Irak, les mauvaises nouvelles sont plus fréquentes que les bonnes. Le commandement militaire a annoncé mercredi l'arrestation de deux responsables de l'ancien régime, Mahmoud Diab al-Ahmed, ministre de l'Intérieur, et Mizban Khadr Hadi, dirigeant du Baas. Mais un affrontement sérieux s'est encore produit à Fallujah, ville rebelle à l'ouest de Bagdad.

Cette litanie a un effet étonnant à Washington: le désir soudain que la massive présence américaine en Irak se dissolve dans une grande entreprise internationale. Le multilatéralisme revient au galop. Il n'a pas encore ébranlé la Maison-Blanche, mais l'administration est désormais sur la défensive. Même Stuart Eizenstat s'en mêle, et c'est sans doute que l'heure est grave. L'ancien ministre de Bill Clinton – que les Suisses connaissent bien – fait des recommandations pour donner à l'intervention américaine plus de légitimité. Eizenstat ne s'occupe pas de questions militaires, mais bien sûr de justice. Il souhaite la création d'un tribunal international pour juger les dirigeants arrêtés, qui disparaissent les uns après les autres dans une sorte de Guantanamo mésopotamien. Il propose aussi la création d'un fonds de compensation pour les victimes du régime, et d'une commission historique.

C'est cependant la situation militaire qui gonfle l'inquiétude américaine. Elle provoque une déferlante. Chez les républicains presque autant que chez les démocrates, des élus demandent à George Bush de dépasser son discours mécaniquement confiant et d'affronter la réalité: les forces américaines ne pourront pas tenir longtemps dans ce qui commence à ressembler à un enlisement. Le remède qu'ils proposent est toujours le même: il faut réintroduire l'ONU dans la partie, obtenir l'appui des alliés fâchés depuis l'entrée en guerre, impliquer l'OTAN dans la pacification du pays. Autrement dit, convaincre les Irakiens qu'ils ne subissent pas simplement une occupation américaine.

Des ténors républicains se font pressants. Les démocrates ont moins d'égard pour le président, même quand ils ont approuvé la guerre. Joseph Lieberman, l'ancien colistier de Al Gore, somme ainsi l'administration d'en finir avec «le refus borné d'un partenariat». Il demande que les forces en Irak passent sous commandement de l'OTAN, que la transition politique commence sans plus tarder, que l'exploitation du pétrole soit soumis un réel contrôle international. John Kerry (candidat comme Lieberman à la présidence), Joseph Biden et Carl Levin demandent tous que Bush ravale sa fierté et demande à la France et à l'Allemagne leur coopération.

Cet assaut est appuyé par de nombreux commentaires de journaux, même de ceux qui avaient été de clairs avocats de l'action militaire, comme le Washington Post. Le chemin de l'OTAN, de Paris, de Berlin, est aussi pour eux celui des bourses garnies qui pourraient alléger la facture de l'occupation, qui s'élève à 4 milliards de dollars par mois.

George Bush ne bronche toujours pas, malgré les demandes qui lui sont faites de s'adresser à la nation. Il répète que le pays est engagé dans «une entreprise de longue haleine». Donald Rumsfeld, qui était entendu hier par le Congrès, explique lui que la recherche d'alliés est son premier souci. Le Pentagone s'est adressé à 70 pays, il est en discussion avec 43 d'entre eux, et des renforts vont venir: des Polonais, des Ukrainiens, des Portugais, des Italiens… Huit mille d'ici la fin de l'été. L'effectif ne va pas rassurer le Congrès. Et les plus grands pays – Inde, Pakistan – ne bougeront que si l'ONU est en charge de l'entreprise. Mais le président n'est pas encore prêt à avaler son chapeau.