Les Afro-Américains et les Hispaniques, deux minorités qui représentent respectivement 13% et 17% de la population des Etats-Unis sont au cœur de la présidentielle américaine. Les premiers en raison de nouvelles tensions raciales entre leur communauté et la police, les seconds en raison de la tonalité très anti-immigration de la campagne électorale du candidat républicain à la Maison-Blanche Donald Trump.

Or il est un groupe dont on parle peu et qui ne cesse de gagner en importance: les Américains d’origine asiatique. Ils ne représentent que 4% de l’électorat, mais représente la minorité qui croît le plus outre-Atlantique.

Entre 2000 et 2010, la population américano-asiatique aux Etats-Unis a augmenté de 46%. En 2065, on prévoit qu’elle constitue près de 10% de la population et 14% de l’électorat. En 2016 déjà, les 9,3 millions d’électeurs américains d’origine asiatique pourraient jouer les faiseurs de rois dans plusieurs Etats dits bascules où ils sont très implantés: dans le Nevada, la Caroline du Nord et la Virginie.

Grand soutien à Hillary Clinton

Selon le National Asian-American Survey, une organisation non partisane, ils sont nettement favorables à Hillary Clinton. La démocrate (55%) écrase son rival républicain (14%) auprès des électeurs inscrits dans cette tranche de la population. A Las Vegas, son équipe de campagne déploie des hordes de volontaires capables de parler chinois, vietnamien, coréen voire même hindi jusque dans des temples bouddhistes.

Mais là encore, la communauté n’est pas monolithique. Un comité de soutien (PAC) d’Américains d’origine indienne, Indian-Americans for Trump 2016 milite ainsi haut et fort pour le candidat républicain. La participation sera toutefois un facteur déterminant. Cette catégorie de la population peine à se rendre aux urnes. En 2012, son taux de participation se limitait à un faible 47%.

Anciennement favorables aux Républicains

L’évolution de l’électorat américano-asiatique, qui est d’une extraordinaire diversité, marque un tournant. Par le passé, les Américains d’origine asiatique s’identifiaient dans leur large majorité aux républicains, défendant la même conception de l’économie et les mêmes valeurs sociales liées à des questions comme l’avortement ou la famille.

Parmi les Asiatiques, on recense nombre de petits entrepreneurs. Sur le plan religieux, ils sont loin d’être monolithiques. Nombre de Coréens sont plutôt évangéliques, les Philippins plutôt catholiques et les Vietnamiens bouddhistes. Ces derniers, qui ont émigré aux Etats-Unis en tant que boat-people, se sont longtemps identifiés aux républicains en raison de leur anticommunisme.

Il faut remonter à 1996 et Bob Dole pour trouver le dernier candidat présidentiel républicain ayant remporté le vote asiatique. Quatre ans plus tôt, George Bush père avait creusé un écart de 24 points avec le démocrate Bill Clinton auprès de cet électorat bien qu’il finît par perdre la présidentielle. Depuis, les prétendants démocrates à la Maison-Blanche ont tous gagné le vote des Américano-Asiatiques. En 2012, Barack Obama a illustré ce basculement historique, remportant 73% de leurs votes contre 26% pour le républicain Mitt Romney.

Nouvelle génération et changement culturel

Aujourd’hui, certaines figures républicaines tentent encore de porter haut les couleurs de leurs origines asiatiques. C’est le cas de la gouverneure de Caroline du Sud Nikki Haley, d’origine indienne. Mais la roue semble tourner. Les jeunes Américains d’origine asiatique font partie du changement culturel, certains parleront même de Kulturkampf, qui a cours aux Etats-Unis. Ils sont de fervents défenseurs d’Obamacare, la réforme de la santé et voient d’un bon œil une aide fédérale à la formation ainsi que des mesures pour lutter contre le changement climatique. Ils sont favorables au mariage gay. Ils se sont d’un côté très bien adaptés aux exigences d’un marché du travail très compétitif, mais de l’autre semblent davantage animés par la notion de vivre-ensemble.

En termes d’immigration, les Américano-Asiatiques sont très critiques de la volonté de Donald Trump d’interdire d’entrée aux Etats-Unis tout musulman. Mais là aussi, les sensibilités divergent. Rencontrée à la convention républicaine de Cleveland, Lynette White est une Américaine née aux Philippines. Elle a dû attendre cinq ans avant de pouvoir rejoindre légalement sa mère aux Etats-Unis. Se confiant au Temps, elle comprend et approuve la volonté de Donald Trump d’ériger un mur à la frontière du Mexique.