canada

Les Amérindiens révoltés par un projet de loi

Début décembre, le gouvernement de Stephen Harper a déposé le projet de loi C45. Si elle est adoptée, ce qui semble probable car les conservateurs sont majoritaires au parlement, la vente des terres autochtones à des investisseurs étrangers sera facilitée et 99% des lacs et cours d’eau du pays ne seront plus protégés

Les guerriers veillent autour d’un feu. Ils sont Cris, Mohawks ou Algonquins, venus des quatre coins du Canada. Ils sont les anges de la cheffe Theresa Spence , réfugiée dans un petit tipi au milieu d’un champ de neige.

Cheffe d’une réserve aux confins de la baie James, dans le Grand Nord, elle est venue à Ottawa entamer une grève de la faim il y a presque trois semaines. «Je veux mourir pour mon peuple […]. Je veux que la couronne, le premier ministre et tous les leaders s’assoient, reconstruisent cette relation et honorent les traités», avait-elle dit au premier jour de sa grève de la faim, avant de se réfugier dans son tipi. Elle mourra, dit-elle, si le premier ministre canadien Stephen Harper ne la reçoit pas. «Elle est forte. Elle va tenir le coup, mais elle a besoin de se reposer», dit Thomas, un colosse cri.

La protestation amérindienne a installé son quartier général en face du parlement, à Ottawa, sur l’île Victoria, un minuscule rocher cerné par les blocs de glace de la rivière des Outaouais. Des Indiens viennent y rendre hommage à Theresa Spence. Ils lui apportent des cadeaux. Thomas prépare le calumet. «Fumer purifie le corps», dit-il. Il place de la sauge blanche, du cèdre et du tabac dans une urne en bois. Il respire quelques volutes. La fumée calme les esprits. Il fait -15 degrés.

Barricades sur les routes

«Stephen Harper veut modifier la loi sur les Indiens. Il veut vendre nos terres à des investisseurs étrangers pour qu’ils exploitent du pétrole ou de l’or. Sans nous consulter. Sans rien nous donner», dénonce Cathy, une Indienne micmac venue de la Nouvelle-Ecosse. Elle étouffe ses pleurs. «Il n’est pas humain. Il refuse de nous recevoir. Il peut envoyer l’armée. Que nous restera-t-il si nous perdons?» chuchote-t-elle. Les Amérindiens se révoltent. Des tribus ont placé des barricades sur des routes. D’autres bloquent les voies de chemin de fer, comme à l’époque du Far West. Les jeunes font part de leur désespoir sur les réseaux sociaux.

Début décembre, le gouvernement Harper a déposé le projet de loi C45. Si elle est adoptée, ce qui semble probable car les conservateurs sont majoritaires au parlement, la vente des terres autochtones à des investisseurs étrangers sera facilitée et 99% des lacs et cours d’eau du pays ne seront plus pro­tégés. Les écoles amérindiennes passeront sous compétence provinciale. Aujourd’hui, certaines ressources naturelles situées sur une réserve ne peuvent pas être exploitées. Ce ne sera plus le cas après le vote de la loi C45. Pour les Amérindiens, le gouvernement tente, sans le dire, de réformer leur statut. Officiellement, les Indiens des réserves sont sous tutelle du gouvernement. Une réserve «est une parcelle de terre dont Sa Majesté (Elisabeth II) est propriétaire», dit la loi. Les autochtones comprennent que si les réserves sont privatisées, le contrôle des terres leur échappera.

La pression est chaque jour plus forte sur le premier ministre. Il demeure silencieux. Des Indiens micmacs ont commencé jeudi passé un jeûne en soutien à Theresa Spence. Cathy conclut: «Je ne sais pas si Stephen Harper sera comme Margaret Thatcher avec Bobby Sands (ndlr: le républicain irlandais mort d’une grève de la faim en 1981). Si c’est le cas, cela équivaudra à une déclaration de guerre.»

Publicité