«Plutôt que de poursuivre et de tuer les trafiquants de drogue, nous pourrions investir ces ressources dans l'éducation et la formation. Le consommateur de drogue est un malade et nous devons établir des mécanismes de légalisation de cette consommation.» Cette déclaration du président du Honduras, Manuel Zelaya, prononcée lundi devant les tsars de la lutte antidrogue de tout le continent américain, a été accueillie par un silence poli. L'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (Onudc), qui se réunit jusqu'à ce vendredi à Tegucigalpa, a plus l'habitude d'examiner les flux de stupéfiants et de mesurer les hectares de cultures illicites que d'écouter des appels à la légalisation. Selon son dernier rapport, les Amériques concentrent en effet tous les ingrédients d'un cocktail explosif: héroïne, cannabis et amphétamines y sont produits en abondance, sans oublier la cocaïne dont les Andes détiennent le monopole avec une offre annuelle de 1000 tonnes.Les propos provocateurs du président hondurien, pourtant, sont représentatifs d'une tendance qui progresse. Il y a quelques semaines, son homologue du Mexique, Felipe Calderon – un catholique conservateur –, proposait d'établir des doses maximales d'usage afin de distinguer les trafiquants des simples consommateurs. Le chef parlementaire du principal parti de gauche de la ville de Mexico, pour sa part, a proposé de légaliser la culture et la consommation du cannabis pour enrayer la vague de violence dont sont victimes ses concitoyens.

La consommation explose

Un changement de cap qui s'explique avant tout par l'échec des politiques répressives. Au Mexique, alors que l'armée a été mobilisée contre les cartels de la drogue, on compte depuis le début de l'année plus de 3000 assassinats attribués aux mafias. Au Honduras, et en Amérique centrale, il ne se passe également pas une seule journée sans que l'on découvre un sous-marin bourré de cocaïne le long des côtes, ou un élu corrompu par les trafiquants. Selon l'aveu même du directeur de l'Onudc, Antonio Maria Costa, «le trafic de drogue est devenu dans les Amériques la plus grande menace à la sécurité publique» et explique en grande partie des phénomènes qui minent le continent comme «la violence urbaine aux Etats-Unis, les gangs de motards au Canada, les kidnappings au Mexique, les maras en Amérique centrale ou l'insurrection armée en Colombie».Principale route de transit des stupéfiants entre l'Amérique du Sud et les Etats-Unis, le Mexique et l'Amérique centrale sont enfin confrontés à une explosion de la consommation qui explique aussi cette volonté de légaliser les drogues, ou tout au moins d'assouplir la loi. La cocaïne, qui sert notamment à payer les gangs de jeunes tatoués qui sévissent en Amérique centrale, s'est répandue dans les rues de Tegucigalpa ou de San Salvador. Au Mexique, selon une récente enquête gouvernementale, le nombre de consommateurs dépendants est passé ces six dernières années de 158000… à 307000.