«C’est une attaque contre notre pays. Dans cette caravane, il y a de très mauvaises personnes», a lancé Donald Trump lundi à Houston, lors d’un meeting de soutien au sénateur du Texas Ted Cruz, candidat à la réélection le 6 novembre. Le président utilise la marche des migrants qui traverse le Mexique et agite le spectre d’une invasion comme arguments pour le camp républicain dans la campagne des élections de mi-mandat. Dans un tweet, il avait prétendu que «des inconnus du Moyen-Orient» se cachaient dans le cortège.

Trump avait auparavant annoncé, toujours sur Twitter, «la fin ou une forte réduction» de l’aide financière accordée à trois pays d’Amérique centrale: Guatemala, Salvador et Honduras, à qui il reproche de ne pas agir efficacement pour empêcher les départs. Mais la caravane de 7200 personnes, selon le chiffre donné par les Nations unies, partie aux alentours du 14 octobre, poursuit sa longue marche vers la frontière des Etats-Unis, soit 3000 km, qu’elle devrait parcourir en un mois.

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Pourquoi les Honduriens quittent-ils leur pays?

La grande majorité des marcheurs est partie du Honduras, petit pays de 9 millions d’habitants. Avec un taux annuel de 43 homicides pour 100 000 habitants, c’est l’Etat le plus violent de la planète, et sept Honduriens sur dix vivent dans la pauvreté d’après la Banque mondiale. Comme ses voisins le Salvador et, dans une moindre mesure, le Guatemala, le pays est débordé par la toute-puissance du crime organisé.

Les Etats-Unis portent une part de responsabilité dans la situation: en déportant des centaines de jeunes membres de gangs californiens vers leurs pays d’origine, ils ont exporté une violence à laquelle ces démocraties fragiles n’étaient pas préparées. Au Honduras, la corruption, le mépris des droits des communautés indigènes et des défenseurs de l’environnement sont d’autres motifs de défiance envers les institutions pour des populations qui ne voient d’avenir que dans l’immigration.

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Qui est derrière une telle mobilisation?

Se déplacer en caravane de plusieurs milliers de personnes, encadrée par des activistes ou des membres des forces de l’ordre, facilite une relative sécurisation du voyage. Les ONG des régions traversées peuvent prévoir des moyens de transport ou d’hébergement, et la médiatisation de l’action permet aux bénévoles d’apporter vêtements, eau et nourriture. La plupart du temps, les migrants se déplacent seuls ou en groupes réduits, ce qui fait d’eux des proies faciles pour les organisations criminelles, qui les rackettent et les séquestrent.

Les hommes sont parfois contraints de travailler pour un cartel, les femmes violées ou forcées à se prostituer. Pour terroriser les clandestins, les mafias se livrent à des massacres de masse, comme celui de San Fernando: un charnier de 72 cadavres de migrants avait été exhumé en août 2010. Le cartel des Zetas avait épargné un seul membre du groupe, un Equatorien, pour qu’il serve de témoin.

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Présence du mouvement Pueblos sin Fronteras

La caravane comporte un service d’ordre dont les membres portent un gilet vert, et qui se charge d’indiquer la bonne direction et d’arrêter la marche en cas de problème. Les gilets verts conseillent notamment aux marcheurs de ne pas monter dans les bus proposés par les autorités mexicaines, craignant qu’ils ne prennent la direction du Guatemala.

Depuis 2010, le mouvement Pueblos sin Fronteras (PSF, Peuples sans frontières), créé aux Etats-Unis, organise de telles caravanes, baptisées à l’origine Viacrucis migrante (Chemin de croix migrant). Le directeur de PSF Centramérique, Ireneo Mujica, est présent dans le cortège. Celui de mars 2018, parti de Tapachula (sud du Mexique) regroupait 1500 personnes et avait déjà suscité la colère de Donald Trump. Finalement, début mai, 228 marcheurs avaient pu entrer en territoire des Etats-Unis et présenter une demande d’asile.

Agenda politique embarrassant au Mexique

Pays traditionnel d’émigration, le Mexique n’est dans cet épisode qu’un lieu de transit. L’agenda politique est embarrassant pour les autorités: le président conservateur Enrique Peña Nieto doit transmettre le pouvoir à son successeur de gauche le 1er décembre. Contrairement à ce qu’affirme Trump, les forces de l’ordre mexicaines ont tenté d’empêcher le passage de la frontière avec le Guatemala le week-end dernier, notamment par des jets de grenades lacrymogènes, malgré la présence de nombreux enfants dans le cortège. Mais elles n’ont pu s’opposer au flux de migrants qui traversaient à gué, sans grand danger, la rivière Suchiate.

En territoire mexicain, la police fédérale accompagne la caravane sans entraver sa progression, et un hélicoptère la survole en quasi-permanence. Des fonctionnaires proposent aux réfugiés de rester dans le pays en remplissant des demandes d’asile.