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Piquet de grève devant l’usine de Whirlpool, à Amiens, la ville natale d’Emmanuelle Macron. Le candidat d’En marche! a promis de rendre visite aux grévistes.
© François Lo Presti/AFP

France

Amiens, le berceau fracturé d’Emmanuel Macron

Le fondateur du mouvement En marche! est arrivé en tête du premier tour de la présidentielle dans sa ville natale d’Amiens. Un score qui n’était pas acquis d’avance. Le Front national drague cette ville frappée par la désindustrialisation

«Il est bizarre, on ne sait pas d’où il vient, il fait un peu mutant», disait Michel Houellebecq sur le plateau de France 2 en janvier dernier. L’écrivain français dressait alors le portrait d’un homme en passe de devenir le prochain président de la République. Qualifié au second tour de la présidentielle, Emmanuel Macron dévoile volontiers une part de sa vie privée dans les médias. Mais personne ne connaît vraiment l’ancien ministre de l’Economie.

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«Emmanuel Macron est venu de nulle part, ça me semble bizarre», souffle Pascal. Gilet de sécurité sur le dos, cet homme de 49 ans bloque, avec ses collègues, l’accès à l’usine Whirlpool d’Amiens depuis lundi. Une épaisse fumée noire s’échappe à l’entrée du site et un cercueil est posé dans un coin. Message inscrit sur le bois noir: «Whirlpool a tué 286 emplois à Amiens.»

«Tapage médiatique»

Les salariés protestent contre la délocalisation de la production de sèche-linge en Pologne, et réclament «depuis trois mois» la venue d’Emmanuel Macron. Il ira finalement à leur rencontre ce mercredi après-midi, a confirmé la veille son équipe de campagne. La visite de l’usine, pourtant implantée dans sa ville d’origine, n’était pas initialement inscrite au planning du candidat. «Ce à quoi je veillerai personnellement, si je suis élu président de la République, c’est qu’il y ait bien un repreneur du site d’Amiens», avait-il affirmé le 14 avril lors d’un déplacement en région parisienne.

Reste à savoir quel accueil lui sera réservé. «Si Emmanuel Macron vient à l’usine, ce sera juste du tapage médiatique. Les politiques se moquent des entreprises qui s’apprêtent à fermer», estime Joël Peuvot, membre du syndicat CGT, posté devant les grilles de l’usine. Le Front national occupe déjà le terrain. Le secrétaire départemental du parti d’extrême droite est venu saluer les salariés à la veille du déplacement d’Emmanuel Macron. «Merci à tous les employés et à l’intersyndicale pour l’accueil chaleureux. Avec Marine l’usine ne fermera pas!» a tweeté Eric Richermoz. «Macron, il ne veut pas se salir les mains en nous saluant. S’il vient, ce sera au Carlton!» s’agace un salarié.

Une ville fracturée

Né à Amiens en 1977, Emmanuel Macron n’a pas vécu près du site industriel menacé de fermeture. La capitale picarde est fracturée en deux. Au nord, des quartiers sensibles sont plombés par un chômage de masse. C’est ici que l’actuel ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a grandi, dans l’ensemble cubiste du «Pigeonnier».

Au sud de la ville, des maisons de briques rouges sont proprement alignées. L’ancien ministre de l’Economie fait partie de ce deuxième monde. Le leader du mouvement En marche! a passé son enfance à Henriville, un quartier cossu. «Une vie de famille bourgeoise de province, tout ce qu’il y a de plus classique. Avec des parents qui travaillent beaucoup mais offrent un cocon protecteur et rassurant», raconte la journaliste Anne Fulda dans son livre «Emmanuel Macron, un jeune homme si parfait» (Plon).

«Le FN, ce serait un retour en arrière»

Le jeune Emmanuel Macron intègre la Providence, un établissement scolaire amiénois tenu par les jésuites. Il y rencontrera sa future épouse, Brigitte Trogneux, alors professeur de lettres et issue d’une famille de chocolatiers réputés. «C’est au lycée, par le théâtre, que j’ai rencontré Brigitte. C’est subrepticement que les choses se sont faites et que je suis tombé amoureux», confie le candidat dans son ouvrage «Révolution» (XO). Une histoire romantique qui attire la presse étrangère. Des journalistes équipés de caméras sont installés à l’entrée du bâtiment.

Lire aussi: Le duel Macron-Le Pen au second tour sera celui de deux France

«Le parcours d’Emmanuel Macron m’inspire, car il prône une libéralisation de l’économie. Et nous, les jeunes, c’est quelque chose qui nous parle, car on cherchera bientôt du travail», indique Gaël, élève à la Providence. Dans son village, le Front national est arrivé en tête au premier tour de la présidentielle. «Le Front national, ce serait un retour en arrière», affirme le jeune homme de 18 ans. Malgré une présence écrasante dans le nord de la France, le parti d’extrême droite ne séduit pas les Amiénois. Marine Le Pen doit se contenter de la troisième place dans la ville, comme en 2012.

Emmanuel Macron apporte de la jeunesse, du renouvellement et une expérience tout de même

C’est l’«enfant du pays» qui est arrivé en tête avec 28,01% des suffrages exprimés, devant le leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon. «Emmanuel Macron apporte de la jeunesse, du renouvellement et une expérience tout de même. Il a travaillé dans le secteur privé et a été ministre», sourit Joël, un retraité de 68 ans qui réside dans le quartier d’Henriville. Cet Amiénois espère qu’Emmanuel Macron aura le courage de rencontrer les grévistes de Whirlpool. «C’est risqué mais il devrait s’y rendre. Au moins par solidarité», dit-il d’un ton grave, avant de poursuivre son chemin.

Retrouvez notre correspondant Richard Werly et le professeur Jean-François Bayart mercredi 26 avril à 12h30 au Graduate Institute/Maison de la paix à Genève. La France dans «l’impasse nationale-libérale»?


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