Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, avait choisi des invités étrangers de marque pour participer, dimanche à Ankara, au 4e congrès extraordinaire du Parti de la justice et du développement (AKP). Parmi les dizaines de milliers de supporters venus assister à cette grand-messe politique, se trouvaient le président égyptien Mohamed Morsi, le leader du Hamas Khaled Mechaal, le vice-président irakien Tarek al-Hachémi (condamné à mort dans son pays mais qui a trouvé refuge en Turquie), le président de la région autonome kurde d’Irak, Massoud Barzani, ou encore le chef du parti islamiste tunisien Ennahda (au pouvoir à Tunis), Rached Ghannouchi.

Tous ne sont pas montés à la tribune, mais le message qu’ils étaient venus dispenser a été résumé par le leader du Hamas, s’adressant à Recep Tayyip Erdogan: «Tu n’es pas seulement un leader turc. Tu es désormais un leader du monde musulman.» Khaled Mechaal a aussi vanté «la réussite» de l’AKP, issu de la mouvance islamiste, au pouvoir à Ankara depuis dix ans. «Grâce à votre leadership, la Turquie a montré au monde un visage modéré et éclairé d’un islam ouvert sur les valeurs de modernité. […] Nous n’oublierons pas les avancées que vous avez réalisées pour la Palestine, votre position en Birmanie ou en Somalie, et le soutien que vous apportez au peuple syrien.»

Devant une foule de supporters d’ores et déjà conquis, les invités musulmans présents dimanche ont donc remis au goût du jour les thèmes du modèle et de la puissance régionale turcs. Très porteurs durant le Printemps arabe, notamment en Tunisie et en Egypte, ces thèmes avaient perdu de leur puissance ces derniers mois face à la montée de l’autoritarisme dans le pays, aux arrestations d’opposants menées au nom de la lutte contre le terrorisme, et aux difficultés rencontrées sur le terrain par Ankara pour répondre au chaos régional. Brouillé avec Israël, l’Irak et la Syrie, Ankara peine, en effet, à vendre sa politique de «zéro problème» avec ses voisins. Peu importe, Recep Tayyip Erdogan assume et reste ferme. Sous les applaudissements, il a ainsi rejeté toute réconciliation avec Israël tant que le blocus sur Gaza était maintenu.

Fort du soutien de ses amis musulmans – dont certains sont persona non grata en Occident, comme Khaled Mechaal –, le premier ministre turc a aussi insisté sur les changements intervenus en Turquie depuis 2002, et qui ont fait de son pays un modèle pour nombre de pays arabes: boom économique, fin de la tutelle militaire, «prépondérance» du «choix du peuple». Il a aussi présenté son parti comme le garant des libertés individuelles et rejeté les accusations de pression sociale (religieuse ou sur le mode de vie) devenues pourtant de plus en plus audibles. Rien, en revanche, sur l’absence d’accréditation délivrée à six journaux et deux chaînes de télévisions d’opposition pour couvrir le congrès. Européens absents

Les invités européens, de leur côté, étaient quasiment absents dimanche. Alors que les négociations d’adhésion avec l’Union européenne sont au point mort, seul l’ancien chancelier allemand Ger­hard Schröder avait fait le déplacement. Quant au leader kurde irakien Massoud Barzani, autrefois bête noire d’Ankara mais devenu un partenaire économique de premier ordre, sa présence était un appel clair en direction des électeurs kurdes de Turquie, à un an d’élections municipales. Un joli coup politique qui ne cache pourtant pas l’un des plus grands échecs des dix années de pouvoir de Recep Tayyip Erdogan, à savoir l’absence de résolution de la question kurde.