Amnesty s’en prend à l’ONU

Droits de l’homme L’ONG appelle les cinq membres permanents du Conseil de sécurité à limiter l’usage de leur droit de veto

Amnesty International publie ce mercredi son rapport annuel sur la situation des droits de l’homme dans le monde. 160 pays ont été passés à la loupe durant l’année 2014. Le tableau est sombre. Et il ne va pas s’améliorer en 2015, selon Amnesty, tant qu’il ne sera pas remédié à la paralysie du Conseil de sécurité de l’ONU, l’organe censé régler les conflits menaçant la sécurité internationale.

Le Conseil de sécurité s’est montré incapable de résoudre les crises en Irak, en Syrie, à Gaza ou en Ukraine, dénonce l’ONG. Amnesty appelle les cinq membres permanents, les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni, à renoncer à faire usage de leur droit de veto en cas de génocide et autres atrocités de masse. La réforme de ce pouvoir exorbitant est un serpent de mer dans l’histoire des Nations unies. Il est réclamé par de nombreux Etats, dont la Suisse, mais nécessite l’aval des principaux intéressés. Or ceux-ci ne sont pas prêts à renoncer à leurs privilèges.

«Cette initiative pourrait changer entièrement la donne et donner un nouveau souffle aux instruments dont dispose la communauté internationale pour protéger les civils en grand danger. En renonçant à leur droit de veto, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité élargiraient la marge de manœuvre des Nations unies et feraient clairement savoir aux responsables d’atrocités massives que le monde ne restera pas les bras croisés», déclare Manon Schick, la directrice de la section suisse d’Amnesty.

Développement le plus inquiétant: de plus en plus de personnes vivent sous le joug de groupes armés qui contrôlent et administrent de larges territoires. Le cas le plus effrayant est l’Etat islamique, qui fait régner la terreur en Syrie et en Irak, mais aussi le groupe islamiste Boko Haram au Nigeria ou les Shebab somaliens.

Réactions contre-productives

Tous ces groupes sont considérés comme terroristes dans de très nombreux pays. Mais la lutte contre l’extrémisme continue de servir de prétexte contre les dissidents, comme en Russie ou en Turquie. «Il est à craindre que des dirigeants ne continuent à réprimer sévèrement les manifestations, à adopter des lois antiterroristes draconiennes et à recourir à des techniques abusives de surveillance de masse en réaction aux menaces pesant sur la sécurité. Nous savons pourtant que les réactions à chaud ne servent à rien et que, bien au contraire, elles créent un environnement répressif, qui font la lie de l’extrémisme», continue Manon Schick.

Dans ce catalogue d’atrocités et de restrictions des libertés, l’ONG signale tout de même des avancées positives. Comme l’entrée en vigueur en 2014 d’un traité sur le commerce des armes, un instrument pour lequel Amnesty militait depuis 20 ans. Ou l’accession de la Palestine à la Cour pénale internationale. Dans un monde arabe à feu et à sang, la Tunisie fait figure d’exception. Le pays où avait démarré le Printemps arabe s’est doté d’une Constitution riche de garanties en matière de droits humains, se félicite Amnesty.

Au Cambodge, le tribunal jugeant les Khmers rouges a condamné Nuon Chea et Khieu Samphan, respectivement numéro 2 et chef d’Etat de l’ancien régime, à finir leurs jours en prison. En Europe, plusieurs pays ont accordé l’égalité de droits aux couples du même sexe.

La Suisse, pour sa part, est épinglée pour avoir renvoyé au Sri Lanka en 2013 deux requérants d’asile tamouls qui ont été emprisonnés plusieurs mois à leur retour. Amnesty s’inquiète de la surpopulation carcérale, notamment à Champ-Dollon, à Genève. Enfin, l’ONG recommande de mettre en place un mécanisme indépendant chargé de veiller à ce que les initiatives populaires soient conformes au droit international.