Israël

Amnesty punie pour avoir prôné le boycott des produits issus des colonies

Le gouvernement de Benyamin Netanyahou accuse de «campagne mensongère» l’organisation de défense des droits de l’homme

Les prochains mois seront difficiles pour l’antenne israélienne d’Amnesty International. Après avoir longtemps tergiversé, le gouvernement de Benyamin Netanyahou a décidé d’appliquer pleinement la loi «anti-boycott» de 2011 punissant les ONG appelant à ne pas consommer des produits provenant des colonies de Cisjordanie occupée. La première organisation à en subir les foudres sera Amnesty, que les dirigeants de l’Etat hébreu accusent de mener une «campagne mensongère» contre la colonisation dans le cadre du cinquantième anniversaire de la guerre des Six-Jours.

Selon les dispositions «anti-boycott», les ressortissants israéliens effectuant des dons à Amnesty International ne bénéficieront plus d’un abattement fiscal. Quant à la branche locale de l’organisation, elle perdra tous les avantages et réductions diverses qui auraient pu lui être accordés en tant qu’institution à but non lucratif. Le cas échéant, des poursuites judiciaires pourraient également être lancées contre elle, mais l’ouverture d’une procédure ne semble pas à l’ordre du jour. Du moins, pas pour le moment.

Nombreuses plaintes

La «punition» frappant Amnesty sera supervisée par la ministre de la Justice Ayelet Shaked (extrême droite) et par son homologue des Finances Moshé Kahlon, habituellement plus modéré.

A Jérusalem, l’entourage d’Ayelet Shaked justifie l’application de la loi de 2011 par le fait que le Ministère de la justice aurait enregistré de nombreuses plaintes visant la campagne anti-occupation d’Amnesty. Mais celles-ci émanent des cercles de colons et des organisations d’ultra droite favorables au «Grand Israël» ainsi qu’au développement des implantations. Les Israéliens de la rue n’avaient jusqu’à présent jamais entendu parler de l’action menée par l’ONG.

A l’avenir, les mesures votées en 2011 se conjugueront avec celles de la loi de mars dernier permettant au Ministère israélien de l’intérieur d’interdire l’entrée du territoire aux partisans déclarés du boycott. Des militants dûment identifiés et fichés par un département spécial du Ministère de la sécurité intérieure.

Visas délivrés lentement

Ces derniers mois, plusieurs activistes anti-occupation, parmi lesquels une Suissesse, une Belge et une Africaine, ont déjà fait les frais de cette politique, en étant refoulés immédiatement après avoir atterri à l’aéroport de Tel-Aviv. Plus récemment, un cadre de l’ONG Human Rights Watch (HRW) a subi le même sort.

Le durcissement israélien est donc palpable. Il se marque dans l’administration, laquelle fait traîner la délivrance de visas B1 d’un an renouvelable habituellement accordés aux coopérants étrangers employés par les ONG opérant dans les territoires palestiniens.

En principe, le Ministère des affaires sociales est censé donner un avis sur chaque demande mais il laisse désormais s’amonceler les dossiers en prétendant que l’affaire n’est pas de sa compétence. De nombreux humanitaires attendent donc à l’étranger et plusieurs de ceux qui sont déjà arrivés sur place se retrouvent donc «illégaux».

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