Des grandes toiles de coton multicolores ont été tendues autour de la scène, comme pour les mariages et les enterrements. Quelques centaines d’hommes, presque tous vêtus de la traditionnelle galabiya (robe masculine), attendent patiemment le héros du jour: Amr Moussa, l’ancien chef de la Ligue arabe, va arriver d’une minute à l’autre pour s’adresser aux habitants d’Arab El Aawida, un village au nord du Caire.

«Presque tout le monde ici appartient à la même tribu. Nous avons invité Amr Moussa à faire ce meeting parce que nous pensons qu’il est le plus capable parmi les candidats», explique Lotfy Samhan, l’un des cheikhs de la tribu locale. Lorsque l’ancien diplomate de 75 ans apparaît, la foule ne déborde pas d’enthousiasme, mais l’affaire semble entendue: tout le monde va voter pour Amr Moussa, le plus consensuel des candidats. C’est la consigne qu’ont donnée les chefs tribaux après s’être consultés.

Depuis un an et demi qu’il parcourt l’Egypte, Amr Moussa s’est beaucoup appuyé sur les tribus pour convaincre. Dans un pays où les appartenances tribales sont toujours très fortes, notamment en Haute-Egypte, c’est un parti pris stratégique. Amr Moussa, qui était déjà très populaire avant la révolution, semble aussi avoir une longueur d’avance sur ses concurrents parce qu’il a commencé à faire campagne avant tout le monde, au lendemain de la chute de Moubarak. Le Wafd, le vieux parti libéral, proche du pouvoir sous l’ancien régime, a mis ses réseaux locaux, toujours influents dans certaines régions, à sa disposition. Autre atout: son discours sur la sécurité et le retour à l’ordre. Alors que les soubresauts de la révolution ont provoqué une série d’affrontements meurtriers, beaucoup d’Egyptiens rêvent plus de stabilité et de reprise économique que de liberté.

Un handicap

Seule ombre au tableau: Amr Moussa, qui a été ministre des Affaires étrangères de Moubarak pendant dix ans, passe pour un feloul, c’est-à-dire un résidu du régime déchu, auprès d’une partie de la population. Mais beaucoup d’Egyptiens font cependant la différence avec Ahmed Chafiq, l’ancien commandant de l’armée de l’air qui est beaucoup plus clairement lié au clan Moubarak et aux généraux au pouvoir. L’ancien diplomate ne rate d’ailleurs pas une occasion de rappeler qu’il a tenté, quand il était ministre, de «réformer le régime de l’intérieur». Et Moussa bénéficie par ailleurs d’un vote anti-islamiste: certains Coptes et une bonne partie des libéraux l’ont choisi, par défaut, pour contrer Mohamed Morsi et Abdel Moneim Aboul Fotouh.