«Il a un boulevard devant lui.» Pour ce bon connaisseur de la politique égyptienne, «le nom d’Amr Moussa est sur toutes les lèvres» pour succéder à Hosni Moubarak en cas d’élections libres. L’actuel secrétaire général de la Ligue arabe, qui a rejoint vendredi les manifestants rassemblés sur la place Tahrir pour «ramener le calme», s’est dit prêt ces derniers jours à participer à la transition démocratique. Hier, il a fait un pas supplémentaire en «n’excluant pas» d’être candidat à la prochaine présidentielle.

«C’est le seul qui est vraiment populaire», précise un observateur occidental, ne voyant que deux handicaps à l’ancien chef de la diplomatie égyptienne: «Son âge [ndlr: 75 ans] et la crispation des Etats-Unis et d’Israël à son égard en raison de ses positions pro-palestiniennes.» Tout le contraire d’Omar Souleimane, le nouveau vice-président, qui a tissé des relations de confiance avec les Américains et les Israéliens pendant les vingt ans qu’il a passés à la tête des services secrets.

Dans le système, puis écarté

Dans ses récents discours, Omar Souleimane a donné le sentiment d’avoir déjà endossé le costume de chef d’Etat. Bien plus que le premier ministre Ahmed Chafik, c’est lui qui semble chargé de mener la transition. C’est aussi lui qui offre le plus de garanties pour empêcher le pays de sombrer dans le «chaos» prophétisé par le pouvoir en cas de départ d’Hosni Moubarak.

Rien n’indique que l’armée, qui a fourni tous ses présidents à l’Egypte depuis le coup d’Etat des officiers libres en 1952, acceptera de transférer le pouvoir à un civil. Mais une transition en douceur et les pressions internationales pourraient ouvrir la compétition, estiment les spécialistes.

Or, l’opposition ne semble pas en mesure de présenter un candidat crédible. Mohamed ElBaradei, qui essaye de la fédérer, a certes la faveur internationales, mais le Nobel de la paix n’est pas très connu en dehors des milieux éduqués, et il passe pour un «agent américain» après avoir vécu les trente dernières années à l’étranger.

Quant au mouvement interdit des Frères musulmans, qui compterait plusieurs millions de membres, ils n’ont «aucune ambition présidentielle», ont assuré hier plusieurs dirigeants islamistes, continuant à privilégier la stratégie de conquête du pays «par le bas».

Reste donc Amr Moussa. «Il a l’avantage d’avoir été dans le système, puis d’en avoir été écarté, précise le diplomate. Il est compatible avec l’establishment et il n’a en même temps jamais été membre du PND [ndlr: le Parti national démocrate du président Moubarak], ce qui peut être un atout.»

Critiques fondées

Réputé pour ses coups de gueule, ce diplomate de carrière a bâti sa popularité à l’époque où il dirigeait le Ministère des affaires étrangères, entre 1991 et 2001. Ses critiques virulentes de la politique israélienne à l’égard des Palestiniens ont même fait de lui le héros d’une chanson: «Je hais Israël, mais j’aime Amr Moussa» a été repris en chœur par des millions d’Egyptiens.

Au Caire, il se murmure que c’est parce que sa popularité commençait à faire de l’ombre à Hosni Moubarak qu’il a été «promu», quelques mois plus tard, à la tête de la Ligue arabe. Un poste prestigieux mais exposé, tant l’organisme panarabe est apparu paralysé face aux événements qui ont secoué le monde arabe, comme la guerre en Irak.

L’étoile d’Amr Moussa n’a pourtant pas pâli. Il a même soigné son image de présidentiable. Dans les interviews qu’il a accordées à la presse cairote, il a critiqué l’état de l’enseignement et du système de santé, deux des principales préoccupations des Egyptiens. Il a aussi dénoncé le manque de pouvoir du parlement, les contraintes trop strictes imposées aux candidats à la présidentielle, et plaidé pour une limitation du nombre de mandats du chef de l’Etat.

L’an dernier, Mostafa el-Fiqqi, un responsable du PND, avait assuré qu’il «ne se présenterait jamais face au président Hosni Moubarak». Bientôt débarrassé de cette figure tutélaire, le trublion n’a peut-être pas dit son dernier mot.