A première vue, le maire de Haïfa, Amram Mitzna (58ans), fait plutôt penser à un fonctionnaire un peu falot. Pourtant, cet ancien général de Tsahal, à la barbe grise et à la voix basse, incarne l'espoir pour une partie non négligeable de la gauche israélienne, qui espère en faire, dès le 19 novembre, le nouveau secrétaire général de l'Avoda (le Parti travailliste actuellement dirigé par l'ex-ministre de la Défense, Benyamin Ben Eliezer). Donc, le nouveau «leader du camp de la paix» de l'Etat hébreu.

Etrange histoire que celle de cet ancien brigadier général (le plus haut grade de l'armée) féru de poésie et partisan de la reprise immédiate des négociations de paix avec l'Autorité palestinienne ainsi que de l'évacuation des colonies juives de Cisjordanie et de la bande de Gaza. Lorsqu'il a déclaré, en août dernier, son intention de présenter sa candidature au secrétariat général de son parti contre Ben Eliezer, alors «numéro deux» du gouvernement d'union nationale de Sharon, bon nombre de commentateurs politiques ne l'ont pas pris au sérieux. «Il est trop timoré et il manque d'expérience», ricanaient-ils. «Ce n'est qu'un feu de paille.»

C'était mal connaître le nouveau candidat. Certes, Mitzna, qui a été élu maire de Haïfa (le plus grand port du pays dont 30% de la population est arabe) en 1993 et réélu haut la main en 1998, n'a jamais été député. Il n'a, par ailleurs, jamais fait partie d'aucun gouvernement. Mais c'est un municipaliste de talent dont tout le monde approuve la saine gestion. Beaucoup vantent aussi son sens inné de l'écoute et du dialogue, deux qualités relativement rares dans les cercles dirigeants de l'Etat hébreu. Exemple parmi d'autres: en octobre 2000, lorsqu'une grande partie de la communauté arabe d'Israël s'est soulevée pour soutenir l'Intifada palestinienne qui venait d'éclater dans les Territoires, des incidents ont également eu lieu dans certains quartiers de Haïfa. Alors que les unités spéciales de la police ouvraient le feu sur les émeutiers d'Oum el Fahem et de Nazareth (13 morts), Mitzna s'est présenté seul et sans arme devant les fauteurs de trouble et il a longuement discuté avec eux. Au bout de quelques heures, tout était terminé. Cela, les Arabes israéliens – qui détestent Ben Eliezer en raison de sa participation au cabinet de Sharon – ne l'ont pas oublié.

Surnommé «le Barbu» par ses proches, Amram Mitzna se déclare en tout cas prêt à discuter «avec tout leader palestinien démocratiquement élu, y compris avec Yasser Arafat pour autant qu'il prenne en compte les intérêts légitimes d'Israël». Il est donc une «colombe» mais, contrairement à l'ex-ministre Yossi Beilin (l'un des leaders du camp de la paix qui vient de se rallier à lui), il peut également faire état d'une solide expérience militaire. Gravement blessé durant la guerre des Six Jours (1967), officier durant la guerre de Kippour (1973), il a aussi participé à la guerre du Liban. C'est là qu'il s'est révélé au public puisqu'il a, en 1982, adressé au chef de l'état-major de Tsahal une lettre ouverte dénonçant la politique de Sharon au Liban (alors ministre de la Défense et responsable de l'offensive israélienne). Cette lettre a brisé net une carrière militaire que l'on prédisait «brillante», mais vingt ans plus tard, bon nombre de militants de la paix estiment qu'elle n'a rien perdu de son actualité. Et qu'elle s'applique encore mot pour mot à la politique actuellement suivie par le premier ministre dans les territoires palestiniens.