Serbie

Ana Brnabic: «Nous serons prêts pour l’UE en 2020»

La Serbie planche sur les réformes nécessaires pour rejoindre l’Union européenne. Sa première ministre, de passage à Zurich mi-décembre, explique ses priorités et rejette les critiques sur le manque de liberté des médias

Ana Brnabic, première ministre serbe, a effectué une visite éclair en Suisse pour annoncer deux partenariats avec des organisations helvétiques. Le premier, la création de Digitalserbia, avec le soutien de l’initiative Digitalswitzerland, pour accélérer la numérisation de l’économie. Le second, le lancement de World Minds Belgrade, sur le modèle lancé à Zurich, une conférence qui réunit grands patrons, experts, chercheurs et artistes, tous à la pointe de leur domaine. Rencontrée à l’occasion de ce symposium qui a lieu chaque année en décembre à Zurich, Ana Brnabic, nommée en juin dernier, explique les priorités de son gouvernement.

Le Temps: La Serbie souhaite adhérer à l’Union européenne. Dans quel délai?

Ana Brnabic: Nous avons un plan d’action, selon lequel les réformes devraient se terminer d’ici à 2020, voire 2021. Nous devons travailler très dur pour y parvenir, pour nous adapter à la législation européenne. Les réformes sont basées sur trois piliers, économie, administration et Etat de droit. Il faut aussi parfois changer le cadre de réflexion. Le manifeste de Jean-Claude Juncker, qui identifie la Serbie comme l’un des pays les plus en avance pour rejoindre l’UE et prévoit que les portes pour de nouveaux membres devraient s’ouvrir en 2025, est encourageant pour nous. C’est positif pour la Serbie, mais aussi pour les Balkans en général.

– La liberté des médias est un point important pour l’UE. Pourtant, vous recevez beaucoup de critiques dans ce domaine. Des journalistes se plaignent que leur liberté n’est pas respectée…

– C’est un sujet sur lequel on nous pose des questions. J’en ai déjà parlé devant la commission des affaires étrangères du Parlement européen. Je réfute vivement ces critiques. Les médias sont complètement libres. Ils ont un problème certes, celui du financement, mais ce n’est pas propre à la Serbie. Il vient du retrait du soutien de l’Etat et des défis de la numérisation. Les médias doivent changer la façon dont ils travaillent et dont ils se financent et trouver des modèles soutenables. En Serbie, nous avons plus de 2000 médias, donc une grande variété, et ils sont libres d’écrire ce qu’ils veulent. Je continue de lire tous les jours dans certains médias des critiques sur mon travail, sur notre gouvernement, sur notre président, souvent des accusations personnelles infondées. Cela dit, je comprends qu’en tant que première ministre, je ne suis pas forcément objective et je suis toujours ouverte au dialogue avec des médias qui ne se sentiraient pas libres. Les médias sont très importants pour la démocratisation.

– Vous êtes une technocrate libérale dans un gouvernement très à droite, présidé par Aleksandar Vucic…

– Je ne définirais pas ce gouvernement comme de droite. C’est l’un des gouvernements les plus libéraux et ouverts que nous avons eus depuis des décennies. La qualité et l’ampleur de la coopération régionale le démontrent. Nous avons eu la visite du premier ministre albanais pour la première fois depuis 68 ans. En outre, nommer une première ministre qui est une technocrate, une femme, ouvertement homosexuelle, dit beaucoup sur le fait que ce gouvernement est de droite ou non.

– Justement, vous dites que les droits LGBT ne sont pas votre priorité, pourquoi?

– Le chômage a diminué de moitié ces dernières années, mais il reste très élevé, à 12%. Les salaires demeurent parmi les plus bas d’Europe. Nous avons encore beaucoup à faire pour offrir aux Serbes des perspectives pour une vie meilleure et davantage de sécurité. C’est notre première responsabilité. Si l’économie va bien, que la population dispose d’un travail, d’un salaire décent et des perspectives de carrière, elle sera moins intéressée à détester les autres. Contrairement à une population pauvre et désœuvrée. C’est comme ça qu’on ira vers une société plus tolérante, plus moderne.

– Quelles sont les priorités?

– J’en citerais deux, l’éducation et la numérisation. Il s’agit par exemple de l’e-gouvernement et du soutien aux start-up, dont l’écosystème est très dynamique, particulièrement dans les industries créatives comme les jeux vidéo. Digitalserbia et World Minds Belgrade vont d’ailleurs nous aider.

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