Benjamin Netanyahou souhaitait faire dans le spectaculaire; il y est parvenu. Sa proposition, lancée au début du mois de mars, d'un retrait conditionnel du Liban Sud sur la base de la résolution 425 des Nations Unies continue jusqu'à aujourd'hui à alimenter les discussions tant dans les capitales arabes que dans les chancelleries occidentales. Lundi, c'était au tour du ministre iranien des Affaires étrangères, Kamal Kharrazi, d'en parler avec les responsables libanais et de mettre en garde contre de «nouvelles agressions israéliennes» dans la région. «Israël cherche à éliminer les points forts (arabes), notamment la coordination libano-syrienne», a-t-il affirmé hier à Beyrouth, selon l'AFP.

Qu'aura donc changé la proposition israélienne? Pas grand-chose. Mais elle aura servi, à ne pas en douter, de diversion momentanée à l'agonie du processus de paix. Benjamin Netanyahou a-t-il voulu donner l'impression, à son parrain américain, qu'il n'était pas vain d'espérer un geste d'ouverture de sa part? Vingt ans après l'adoption de la résolution 425 par le Conseil de sécurité des Nations Unies (le 19 mars 1978), le premier ministre n'a pas hésité à l'invoquer… sans toutefois en respecter l'esprit. Ce texte, voté après les opérations punitives menées en 1978 par Tsahal au Liban contre les bases de l'OLP, prévoit en effet un retrait «immédiat» et inconditionnel des forces israéliennes. Et non pas un retrait (intégral) dans le cadre d'un accord préalable avec le Liban – et éventuellement avec la France dont on solliciterait la supervision – comme l'a proposé le ministre de la Défense Yitzhak Mordechai.

Mais Benjamin Netanyahou n'est pas homme à s'embarrasser de ces considérations. Sa déclaration sur le Liban Sud répond aussi à d'autres exigences, internes cette fois. Les débats publics sur la nécessité de la présence israélienne au Liban se font de plus en plus intenses, notamment sous la pression d'associations telles les Quatre Mères qui militent pour un retrait sans délai. Les pertes humaines qu'essuie Israël dans la zone tampon créée au nord de ses frontières en 1985 n'ont jamais été aussi élevées que l'an dernier. Alors que l'Etat hébreu perdait, en moyenne, 13 soldats par an entre 1985 et 1995, ce sont 39 de ses hommes qui ont été tués en 1997 – sans compter les 73 militaires morts dans un terrible accident d'hélicoptère.

Ultrasensible, cette question ne fait pas que diviser l'opinion publique – dont une majorité est encore favorable à un retrait conditionnel des forces israéliennes – mais aussi la classe politique, au-delà du clivage entre Likoud et travaillistes. C'est ainsi qu'Ariel Sharon, qui avait mené en 1982 l'offensive israélienne au Liban, est sorti du bois à la mi-mars avec une nouvelle proposition de retrait: l'actuel ministre des Infrastructures nationales se fait l'avocat d'un départ par étapes, qui permettrait à l'armée libanaise de reprendre le contrôle d'un district occupé après l'autre à condition de s'engager à maîtriser les milices du Hezbollah. Israël se réservant la possibilité de réaliser des frappes punitives si le gouvernement libanais venait à faillir à ses engagements.

Ces divisions confirment, de fait, que le cabinet Netanyahou est encore loin d'un accord de principe sur un retrait, et encore plus loin d'une reprise des négociations avec la Syrie. Damas ne s'y est pas trompé, puisqu'il a rejeté presque immédiatement la proposition du premier ministre israélien. Pour le président syrien, il est simplement exclu de séparer le dossier du Liban Sud de celui du Golan, occupé par Israël depuis 1967. Kofi Annan, le secrétaire général des Nations Unies, l'a rappelé hier lors de sa visite à Moscou: «Une paix solide ne peut pas être obtenue sans l'implication de la Syrie dans ce processus.»