«Les tirs à la frontière entre le Kosovo et l'Albanie hier matin ne sont pas surprenants. Il ne faut pas sous-estimer les forces de l'UÇK, qui occupe encore du terrain au Kosovo. Du côté serbe, la nervosité monte suite à l'approche de l'engagement des hélicoptères Apache. Cela démontre d'ailleurs que la guerre s'enlise dans un marécage sans fond, sans l'utilisation des forces terrestres. Tous les généraux ne cessent de le dire: les frappes aériennes de l'OTAN ne suffisent pas. L'hésitation est chez le président américain Bill Clinton. Plus il hésite, plus grandes seront les pertes chez les Kosovars.

»Je suis de plus en plus pessimiste et je pense que les politiques continuent à prendre de mauvaises décisions. L'éventuel bombardement de la télévision serbe constitue un mauvais signe. Il s'agit uniquement d'une punition, et les punitions ne sont pas suffisantes pour gagner une guerre. Cette stratégie avait cours pendant la Seconde Guerre mondiale, mais elle n'avait pas conduit à la capitulation de Hitler.

»La présence de l'UÇK au Kosovo est très positive. Mais il est évident que ses hommes n'ont pas eu le temps de se préparer. Les volontaires sont les bienvenus et remontent le moral des troupes. Mais il faut au moins 16 semaines d'entraînement pour que les gens soient aptes sur le terrain. Sinon, c'est le suicide. Il apparaît que les Russes veulent engager plusieurs navires de guerre dans la Méditerranée. Je n'en suis pas inquiet. Boris Eltsine et Evgueni Primakov sont certainement sous pression des nationalistes et des communistes, mais ils peuvent résister pendant longtemps. On dit que certaines armes russes sont arrivées ces derniers jours à Belgrade. Mais je suis plus inquiet si cette guerre dure encore longtemps. La solidarité slave et orthodoxe pourrait se manifester et rompre la cohésion actuelle au sein des pays voisins de la Yougoslavie. Une telle situation compliquerait davantage les opérations de l'OTAN.»

Propos recueillis par Ram Etwareea