Nicolas Sarkozy l'a fait afficher sur un large panneau lumineux derrière l'immense tribune où sont venus parler tous les orateurs du congrès de l'Union pour un mouvement populaire (UMP). Des dizaines de fois le mot «populaire», dans tous les types de caractères, où l'on devinait même certains de ceux qui étaient utilisés autrefois par la gauche. «Populaire», pour rassembler et pour dépasser le chiffre de quelque 114 000 adhérents qui place l'UMP derrière le Parti socialiste. «Populaire» pour exercer, face au gouvernement et même face au président de la République un réel pouvoir qu'on n'appellera pas un contre-pouvoir afin de ne pas dépasser la pensée du nouveau président de l'UMP.

Personne, parmi les dizaines de milliers de spectateurs, n'a paru surpris par cette adresse prononcée en préambule par Nicolas Sarkozy: «Bienvenue à tous ceux qui n'ont jamais milité et qui sont avec nous pour la première fois parce qu'ils ont l'espoir que les choses vont changer. Nous ne vous décevrons pas. Elles vont changer.» Ni par celle-ci: «Je suis prêt parce qu'au plus profond de moi-même je sais que la France ne redoute plus le changement mais qu'elle l'attend. Et ce changement, c'est nous qui allons l'incarner.»

La majorité, son gouvernement et le président de la République n'en sont qu'à la moitié de leur mandat. Jusqu'ici (il démissionne ce lundi du Ministère des finances), Nicolas Sarkozy a été le numéro deux du gouvernement. Cet appel au changement est un rien paradoxal puisque ce sont les mêmes responsables (sauf lui) qui vont rester aux affaires.

De quel changement s'agit-il? Nicolas Sarkozy proclame qu'il est libre, qui parlera vrai, qu'il va diriger son parti en respectant la démocratie interne et l'expression des militants (on en conclut que ce n'était pas le cas avant son élection), qu'il va rajeunir la politique et lui rendre tout son sens. Jean-Pierre Raffarin a fait un rappel aux règles de la Ve République: le président de la République décide, le chef du gouvernement est le chef de la majorité, et l'UMP soutient le gouvernement. A force d'entendre que cette règle est intangible, on comprend qu'elle va changer.

Avec la réduction de la durée du mandat présidentiel à cinq ans, avec la coïncidence entre l'élection du président de la République et de celle des députés, et plus encore avec un chef du parti majoritaire aussi remuant, le parti et ses élus au parlement reprennent une partie de leur autonomie. Nicolas Sarkozy, qui n'a pas l'intention d'être un simple relais du pouvoir exécutif, entend bien s'en servir.