Debout au micro, dans l’hémicycle du Conseil économique, social et environnemental qui accueille la conférence sociale, devant 10 ministres et 300 participants, dont les chefs de file des principales organisations syndicales et patronale, François Hollande a affiché lundi son ambition: «Le moment est venu de mettre la France en mouvement.» Sa méthode? Le dialogue social. «La démarche que je vous propose est nouvelle. La France par son histoire, ses traditions, son organisation institutionnelle, n’a jamais développé une vraie culture de la négociation sociale.»

«Compromis durables»

Le président de la République ne fait pas explicitement référence au modèle allemand, ni aux pays nordiques, mais sans doute sont-ils présents dans son esprit. «Les sociétés qui connaissent les performances les plus élevées sont celles qui ont su nouer des compromis durables entre l’Etat et les partenaires sociaux ou entre patronat et syndicats», ajoute le chef de l’Etat. En écho, l’Organisation internationale du travail (OIT) publiait hier un dossier sur ce thème, soulignant que «les accords entre travailleurs, employeurs et gouvernements peuvent être d’une grande utilité pour accélérer le processus de redressement après une crise.»

Ce premier message a une tonalité ultra-politique. Il s’agit de rompre avec la culture de la confrontation de l’ère Sarkozy et ses envolées contre les corps intermédiaires. «Sans eux, la France ne serait pas ce qu’elle est, lance le président socialiste, dans un silence religieux. Il nous faut retrouver le sens du dialogue pour en faire un principe de notre vie démocratique.» François Hollande propose d’inscrire cette règle dans la Constitution pour mieux reconnaître le rôle des partenaires sociaux, un projet salué par la plupart d’entre eux comme «un vrai pas en avant».

A la mi-journée, dans le hall monumental du Palais d’Iéna, où se tient la réunion, Michel Sapin confirme le changement de ton en savourant sa formule: «Ne dites pas sommet social, dites grande conférence sociale. Le truc mnémotechnique pour s’en souvenir? «Sommet», ça commence par S comme Sarkozy», ironise le ministre du Travail. La conférence de deux jours s’est assigné un objectif: fixer un agenda permettant d’avancer sur les plus épineux dossiers sociaux-économiques: l’emploi, en particulier celui des jeunes et des seniors, la relance de l’industrie, les salaires, l’avenir du système des retraites, l’égalité dans la vie professionnelle ou la formation.

Même diagnostic

Entre le patronat, les syndicats et l’Etat, le diagnostic est globalement partagé. La France, l’industrie, l’emploi vont mal; la compétitivité s’est détériorée. Dans les secteurs manufacturés, 400 000 emplois ont été détruits au cours des cinq dernières années. «Le nombre de demandeurs d’emploi atteint son niveau le plus élevé depuis douze ans», «seuls 45% des plus de 55 ans ont un emploi», «plus de quatre embauches sur cinq se font en CDD», a déploré François Hollande. Après un premier trimestre de croissance nulle, la Banque de France a confirmé hier s’attendre à un recul de 0,1% du PIB au deuxième trimestre. La crainte d’annonces de plans sociaux est lancinante; le constructeur automobile PSA devrait confirmer des milliers de suppressions d’emplois jeudi.

En revanche, les avis divergent profondément sur les moyens de relancer la compétitivité et l’emploi. Pour la présidente du Medef, Laurence Parisot, le coût du travail et les rigidités du droit du travail handicapent l’économie. «Nous réfutons cette analyse», rétorque Bernard Thibault, le leader de la CGT.

La table ronde sur le redressement industriel devrait être partiellement accaparée par la question du coût du travail. Bien qu’ils aient abrogé la TVA sociale qui transférait une partie des charges sur cette taxe, le gouvernement et le chef de l’Etat ne resteraient plus insensibles aux arguments des dirigeants d’entreprise. François Hollande a ainsi admis des «rigidités dans la structure des coûts» qui devraient être corrigées. Pour le chef de l’Etat, il n’y a plus aucun «sujet tabou».