OTAN

Anders Fogh Rasmussen, «visage» pragmatique de l’OTAN

Le secrétaire général de l’Alliance a, depuis un an, imposé au pas de course une nouvelle donne stratégique mâtinée de pragmatisme

Quelques semaines auront suffi pour qu’il devienne le «visage» de l’OTAN. Nommé à l’arraché au sommet de Strasbourg en avril 2009 malgré l’opposition de la Turquie (en raison des caricatures du prophète Mahomet publiées en 2005 dans la presse danoise), le secrétaire général de l’Alliance Anders Fogh Rasmussen a réussi avec brio à donner de celle-ci une image dynamique. Alors qu’en réalité la plus puissante coalition militaire du monde est un colosse fort handicapé.

Clé de voûte pour cet ancien premier ministre libéral danois qui négocia, en 2002, l’élargissement de l’Union européenne: la communication. Pas une semaine sans que le patron de l’OTAN, très svelte et sportif à 57 ans, poste plusieurs billets sur son blog, une interview sur la chaîne TV de l’Alliance, et des commentaires sur sa page Facebook. Ses adversaires, notamment les partisans d’une défense européenne indépendante des Etats-Unis, lui reprochent une «posture avant tout médiatique», oublieuse du fait que les alliés, affairés à couper dans leurs dépenses militaires, sont de plus en plus pieds et poings liés à Washington. Lui n’en a cure, préférant promouvoir une OTAN «flexible», capable de s’adapter aux menaces et de moins en moins centrée sur la défense territoriale. Son prédécesseur, le Néerlandais Jaap de Hoop Scheffer, peinait à s’imposer au milieu des généraux et des chefs d’Etat. Anders Fogh Rasmussen joue, lui, la carte personnelle. Il fut en 2003 l’un des soutiens européens de George Bush lors de la guerre en Irak, où il dépêcha un contingent danois.

Mais ses affinités guident aussi, à la tête de l’OTAN, ses pas dans deux directions: la coopération avec la Russie, avec laquelle il a appris à négocier pour la dispute stratégique du Grand Nord arctique essentiel pour Copenhague en raison du Groenland, et les cyber-menaces qu’il voit comme le grand défi futur.

Un pied en Asie centrale

Pragmatique, l’homme a compris que le sort de l’Afghanistan se traite à Washington, et non plus au QG bruxellois de l’OTAN dont dépendent les 130 000 soldats alliés de l’ISAF: «Il aurait tout à perdre à s’immiscer entre le président Obama et son commandant en chef, le général Petraeus commente un de ses conseillers. Et il le sait.» Son atout, à Kaboul, est en revanche le représentant civil de l’Alliance, l’ambassadeur britannique Mark Sedwill, prompt à marcher là aussi sur les plates-bandes de l’UE: «Rasmussen mise sur la formation de l’armée et de la police afghane, poursuit notre interlocuteur. Car, pour lui, l’OTAN doit garder un pied en Asie centrale.» Ses vrais défis, néanmoins, sont pour demain. Du côté européen. Meilleur négociateur qu’arbitre, Anders Fogh Rasmussen doit en permanence ménager les susceptibilités de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni, surtout à l’heure où Paris et Londres affichent leur volonté d’accroître leur coopération en matière de défense sans passer par Bruxelles.

Fait révélateur: le concept stratégique de l’OTAN, préparé par un comité dirigé par l’ex-secrétaire d’Etat américaine Madeleine Albright, défend une coopération accrue avec l’UE, tout en évitant d’aller trop loin. La question de la Turquie, pour laquelle Anders Fogh Rasmussen demande à l’UE de faire des concessions malgré l’opposition de Chypre, demeure un poison. L’épine turque paralyse un autre dossier clé: celui d’un bouclier antimissile à l’échelle du continent pour se prémunir d’une éventuelle menace iranienne.

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