Tout comme Donald Trump, Andrew Cuomo, gouverneur de New York, donne des points presse quotidiens sur l’évolution de la pandémie. Calme, précis, pédagogue, à l’écoute et sans tabou, le démocrate de 62 ans apparaît comme une figure rassurante au milieu de la tempête. Tantôt en complet-cravate, tantôt en uniforme de travail, il n’hésite pas à évoquer sa famille ou, sur un mode humoristique, la difficulté d’être confiné avec son chien, pour apparaître plus proche des New-Yorkais. Son style tranche avec celui du président.

«Vous êtes censé être le président»

Quand Donald Trump invite maladroitement les Américains à «se détendre», le gouverneur dit la même chose, mais de façon plus sérieuse: «Il n’y aura pas de chaos, il n’y aura pas d’anarchie. L’ordre et la fonction seront maintenus. La vie va continuer, différente, mais la vie va continuer.» Si le maire de New York, Bill de Blasio, n’hésite pas à accuser Donald Trump d’être responsable de morts s’il n’agit pas plus rapidement, le gouverneur, que l’on ne peut pas vraiment suspecter d’être un admirateur du président, a jusqu’ici choisi une autre stratégie. La douceur, dans la fermeté. Tendre la main plutôt que d’agresser. Négocier, expliquer, plutôt que de partir dans la confrontation. Et cela fonctionne: Donald Trump a ces derniers jours plusieurs fois loué leur «bonne collaboration». Andrew Cuomo peut espérer obtenir ce qu’il demande. D’ailleurs mardi, il a lancé un très clair appel à l’aide: New York a un urgent besoin de 30 000 respirateurs artificiels, «que seul le gouvernement fédéral peut délivrer».

Lire aussi: Donald Trump, le coronavirus en étendard 

Pas plus tard que le 16 mars, Donald Trump avait accusé Andrew Cuomo de ne pas assez agir, invitant les gouverneurs à réquisitionner le matériel nécessaire. Ce dernier lui a renvoyé la balle, sur Twitter: «Non. C’est vous qui devez faire quelque chose! Vous êtes censé être le président.» Il ne lâche pas la pression sur les autorités fédérales pour qu’elles ordonnent aux entreprises privées de fabriquer rapidement respirateurs et masques. Les 4000 respirateurs promis par Donald Trump ne suffisent pas. Et demande l’aide de la Garde nationale pour monter des hôpitaux de campagne, comme dans le Javits Center, grand centre de conférences de Manhattan, où Hillary Clinton espérait célébrer sa victoire en novembre 2016.

«C’est le type de leadership que le président des Etats-Unis aurait dû fournir au peuple américain tout au long de cette crise, mais qu’il n’a pas eu», commente sur CNN Carl Bernstein, ex-journaliste du Washington Post, qui a révélé le scandale du Watergate. Il se murmure que des membres de l’équipe du président chercheraient à s’inspirer du style Cuomo.

#CuomoForPresident

L’Etat de New York est le plus touché des Etats-Unis. Avec seulement 6% de la population totale du pays, il enregistre plus de la moitié des cas, dont une très forte progression dans la métropole de 8,6 millions d’habitants. Le pic de la pandémie pourrait survenir dans une quinzaine de jours, selon Cuomo. Bill de Blasio était le premier à réclamer un shelter in place pour la ville de New York, soit inviter les habitants à rester chez eux. Le maire revendique d’ailleurs un confinement national, estimant que seules des «mesures extrêmes» peuvent fonctionner. Le gouverneur, qui devait donner son aval, ne l’a pas tout de suite suivi. Il a d’abord estimé qu’il ne fallait pas «provoquer la panique», avant de décider, quelques jours plus tard, de placer tout l’Etat en confinement, une mesure en vigueur depuis dimanche soir.

Lire aussi: Avec le coronavirus, l’économie américaine sous perfusion

Depuis, le gouverneur originaire du Queens continue d’informer, d’expliquer, de rassurer. Et d’occuper le terrain, au propre comme au figuré, faisant désormais de lui le gouverneur le plus visible des Etats-Unis. Mieux, il a désormais droit à son hashtag, #CuomoForPresident. Il avait déjà su faire preuve d’un même leadership en 2012, lorsque l’ouragan Sandy avait fait des dégâts à New York. Andrew Cuomo éclipse totalement le maire de New York, ex-candidat à la présidentielle de 2020, avec lequel il entretient des rapports tendus. Malin, il parvient à gommer certaines aspérités avec cette crise, son autoritarisme n’étant pas toujours du goût de tous. Sauf que cette fois, il est justifié. L’acteur Mark Ruffalo l’a souligné sur Twitter: «Nous autres New-Yorkais avons de la chance d’avoir quelqu’un comme le gouverneur Cuomo aux commandes.»

Chronique «Il était une fois en Amérique»: Au second plan

Son père, Mario Cuomo, était déjà gouverneur. Et son jeune frère, Chris, est journaliste sur CNN, avec sa propre émission, le Cuomo Prime Time. Chris Cuomo a d’ailleurs invité plusieurs fois son frère dans son émission ces derniers jours, donnant lieu à des échanges plutôt particuliers, qui font éclater leurs liens fraternels amour-haine à la vue de tous. Avec un brin de commedia dell’arte? Jugez plutôt. Quand Chris lui lance, en direct, le 16 mars, le visage très sérieux, «J’apprécie que tu viennes dans mon émission, je t’aime. Je suis fier de ce que tu fais. Je sais que tu travailles dur pour ton Etat, mais peu importe tout ton travail, il y a toujours un moment pour appeler maman. Elle veut de tes nouvelles, il faut que tu le saches», Andrew lui répond: «J’ai appelé maman avant de passer dans cette émission.» Et: «Au fait, elle a dit que j’étais son fils préféré. Bonne nouvelle, tu es le second.» C’est ça aussi, le style Cuomo.