Pologne

Andrzej Duda, une voix critique envers Bruxelles

Le nouveau président polonais pourrait être un partenaire difficile. Il exige une Union européenne plus ferme face à la Russie

Andrzej Duda, une voix critique envers Bruxelles

Europe Le nouveau président polonais pourrait être un partenaire difficile pour l’UE

Une épine dans le pied de l’Union européenne (UE)? Elu en mai dernier en dépit des pronostics qui lui étaient défavorables, Andrzej Duda, le nouveau président polonais, a pris ses fonctions la semaine dernière. D’entrée, la cérémonie d’investiture au parlement a été marquée par une controverse qui n’en finit pas avec Bruxelles. Traditionnellement, le président du Conseil européen est invité, mais l’actuel titulaire, le Polonais Donald Tusk, y était indésirable pour le président élu.

Les deux compatriotes sont des adversaires politiques de longue date: le président Duda est membre du parti conservateur populiste Droit et Justice alors que Donald Tusk est inscrit au parti libéral Plateforme civique, qui dirige le gouvernement depuis huit ans. Les deux formations s’affronteront lors des élections législatives prévues le 25 octobre prochain. Tous les sondages indiquent que les conservateurs l’emporteront. Ainsi, après une probable courte cohabitation, Andrzej Duda aurait les coudées plus franches. L’heure de vérité entre les deux hommes viendra en 2017. Le mandat de Donald Tusk à Bruxelles prendra fin et son renouvellement ne pourra se faire sans l’accord d’Andrzej Duda.

Energie et immigration

Sur le fond, le nouveau chef de l’Etat polonais entend jouer un rôle actif au niveau européen. Les causes de conflit avec Bruxelles sont multiples. Selon Nicholas Richardson, avocat et blogueur connu à Varsovie, le premier différend concerne la politique environnementale. Alors que l’UE veut réduire le recours aux énergies fossiles qui émettent des gaz à effet de serre, Andrzej Duda a déjà fait comprendre qu’il fera bande à part. Et pour cause, le charbon constitue la principale source d’énergie en Pologne et représente un revenu important pour le pays. «Le président pourrait éviter la voie de la confrontation, explique Nicholas Richardson, en mettant en avant ces arguments pour obtenir une contrepartie.»

L’immigration constitue le deuxième sujet sur lequel le parti Droit et Justice et l’UE ne sont pas sur la même longueur d’onde. Le gouvernent actuel a accepté d’accueillir 2000 Erythréens et Syriens se trouvant en Italie et en Grèce dans le cadre du programme européen de relocalisation de migrants. «C’est la limite acceptable pour le pays, estime Nicholas Richardson. Plus de 2 millions de Polonais ont certes émigré ces dernières années en Europe. Mais les conservateurs ne veulent pas trop de migrants aux origines culturelles différentes.» Selon lui, il y aurait moins de problèmes s’il s’agissait de réfugiés ukrainiens ou biélorusses.

Fermeté face à la Russie

En tant que président, Andrzej Duda détient de larges prérogatives en matière de politique étrangère. «A ce titre, il compte influencer les décisions prises à Bruxelles au lieu de les accepter sans brocher comme son prédécesseur [ndlr: Bronislaw Komorowski]. Plus particulièrement lorsqu’elles concernent l’Europe de l’Est», poursuit l’avocat. Il rappelle que les Polonais n’avaient pas apprécié que leur ancien ministre des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, ait été écarté des négociations sur la crise Ukraine-Russie.

Lors de son discours inaugural devant les parlementaires, Andrzej Duda a exigé que les Vingt-Huit soient plus fermes face à la Russie. Dans le même registre, il a insisté pour que l’OTAN installe des troupes en permanence dans les pays de l’Europe de l’Est et dans les pays Baltes pour prévenir une éventuelle menace russe. Le nouveau président prépare déjà activement le prochain sommet de l’OTAN qui aura lieu à Varsovie en juillet 2016.

Enfin, Andrzej Duda a aussi fait comprendre la semaine dernière qu’il souhaitait une Union européenne moins centralisatrice et moins bureaucratique. Il rejoint sur ce point les premiers ministres britannique David Cameron et hongrois Viktor Orban, qui demandent une révision des traités européens dans ce sens.

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