Angela Merkel ne finit pas d’étonner. Elle qui était donnée moribonde dans les sondages, après l’ouverture des frontières aux migrants à la fin de l’été 2015, rebondit sur l’électrochoc provoqué par l’élection de Donald Trump. Et ce n’est pas un hasard si Barack Obama – qui après la Grèce passera deux jours à Berlin où il est arrivé mercredi soir – a choisi l’Allemagne plutôt que la Grande-Bretagne du Brexit pour sa tournée d’adieu à l’Europe.

54% des Allemands interrogés en fin de semaine dernière pour la chaîne de télévision ARD se disent «satisfaits» de la politique de la chancelière, un score particulièrement remarquable pour une politicienne en poste depuis 11 ans. Voici un mois, affaiblie par la crise des migrants, elle ne comptait plus que 45% d’opinions positives. Selon un sondage Forsa, 59% des Allemands souhaitent qu’elle se présente en septembre 2017 pour un quatrième mandat.

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Là où les électeurs américains mais aussi britanniques ont sanctionné l’establishment, les électeurs allemands plébiscitent au contraire la continuité. «Vu les répercussions de la victoire électorale de Trump en Europe, Angela Merkel va sans doute penser que sa tâche n’est pas terminée, et qu’elle doit continuer à mener l’Europe», souligne Daniela Schwarzer, directrice du think tank allemand DGAP.

Angela Merkel – qui pourrait officiellement annoncer sa candidature lors d’une réunion des chefs de son parti dimanche ou lors du congrès de la CDU en décembre – côtoierait si elle était réélue en 2017 un vieux routier de la politique au poste de président fédéral. Le social-démocrate Franck-Walter Steinmeier, qui avait commencé sa carrière dans le giron de Gerhard Schröder, accédera le 12 février au poste de chef de l’Etat. Tous deux ont en commun d’incarner une sorte d’autorité morale face aux populistes Trump, Poutine ou Erdogan.

Plus de responsabilité pour l’Allemagne

La presse allemande avait salué à l’unisson la semaine dernière la teneur du message de félicitations adressé par Angela Merkel à Donald Trump, auquel elle proposait «une coopération étroite sur la base des valeurs communes» aux deux pays que sont à ses yeux «la démocratie, la liberté, le respect des droits et de la dignité de chacun indépendamment des origines, de la couleur de la peau, du sexe, de l’orientation sexuelle ou des choix politiques». «Avec ces mots, elle est devenue la chancelière du monde libre, l’anti-Trump», salue le quotidien berlinois Tagesspiegel. «Les attentes à l’égard de l’Allemagne pour que nous contrions les tendances antidémocratiques sont une responsabilité historique et j’espère que nous serons à la hauteur», résume Stefani Weiss, de la Fondation Bertelsmann.

«Les choses ne seront pas faciles pour l’Allemagne, souligne Josef Braml, politologue spécialiste des relations transatlantiques au DGAP. L’élection de Trump est le symbole de la crise de la démocratie libérale. Les électeurs ne croient plus que leurs élus s’occupent de leur sécurité, de leur bien-être. L’Allemagne devra prendre plus de responsabilités en Europe tout en essayant d’entraîner sur le bateau une France affaiblie.»