Allemagne

Angela Merkel sous forte pression

La crise migratoire menaçait toujours dimanche la fragile coalition d’Angela Merkel. La droite bavaroise s’est montrée insatisfaite des résultats obtenus par la chancelière au sommet européen de Bruxelles

Tendue mais combative, Angela Merkel est apparue dimanche soir à la télévision, dans le cadre d’une traditionnelle interview dite «d’été», enregistrée en début d’après-midi à l’heure où son allié bavarois CSU se réunissait, lui, à huis clos pour décider de l’avenir de sa coalition. «Je vais tout mettre en œuvre» pour contenter à la fois la CDU et la CSU sur les questions migratoires et «faire en sorte que nous puissions assumer nos responsabilités pour le pays», a déclaré la chancelière, reconnaissant que la situation était «sérieuse».

Dimanche en début de soirée, les observateurs spéculaient toujours sur l’issue de la crise. Plusieurs scénarios étaient évoqués, notamment la démission du ministre de l’Intérieur, en désaccord avec sa cheffe sur les questions migratoires, ou le dépôt par Angela Merkel de la question de confiance au Bundestag.

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Pression maximale

La vie politique allemande n’avait plus connu une telle tension depuis longtemps. Durant tout le week-end, la CSU bavaroise a maintenu une pression maximale sur Angela Merkel, soufflant le chaud et le froid sur la question de l’asile au cœur du débat entre le  parti chrétien-démocrate CDU et sa petite sœur bavaroise, la CSU, en un scénario à rebondissements digne d’un drame shakespearien.

Petit retour en arrière. Au centre de l’intrigue, on retrouve le sommet de Bruxelles de jeudi et vendredi derniers. Angela Merkel était rentrée à Berlin vendredi soir avec un résultat nettement supérieur à ce qu’attendaient les observateurs sur la question migratoire. Samedi, elle a ajouté avoir négocié avec 14 Etats européens – dont l’Espagne, la Grèce et la France mais aussi des eurosceptiques comme la Pologne, la Hongrie et la République tchèque – des accords bilatéraux de rapatriement, garantissant le retour vers ces pays des migrants y ayant déjà déposé une demande d’asile.

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Nous devons maintenant montrer nous sommes prêts à adopter des mesures nationales.

Alexander Dobrindt, chef du groupe parlementaire de la CSU

L’heure semblait être au désamorçage du conflit, même si deux pays clés, l’Italie et l’Autriche, ne figuraient pas sur la liste. Plusieurs dirigeants modérés de la CSU ont même salué les résultats obtenus à Bruxelles en ce début de week-end. Mais les trois pays dits «de Visegrad» (Pologne, Hongrie, République tchèque) ont démenti l’un après l’autre avoir conclu le moindre accord bilatéral avec Berlin.

Le ton est de nouveau monté quand a débuté la réunion de crise des instances dirigeantes de la CSU à Munich, dimanche vers 15h. Plusieurs participants ont assuré que Horst Seehofer – qui avait jusque-là gardé le silence – avait déclaré d’entrée de jeu que le catalogue de mesures présenté par la chancelière n’était pas «équivalent» à ce que réclamait son parti. Patron de la CSU et ministre de l’Intérieur fédéral, il avait lancé un ultimatum à sa cheffe Angela Merkel voilà deux semaines, la sommant de mettre fin à la politique migratoire généreuse de 2015. L’homme promettait alors d’ordonner les retours à la frontière dès le 1er juillet, en cas d’échec d’une solution à 28 à Bruxelles.

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Compromis rejeté

A Munich dimanche, le ministre a rejeté la proposition de compromis que lui avait présentée samedi dans la soirée Angela Merkel, lors d’un entretien de plus de deux heures en tête à tête. Plutôt que de refouler les migrants déjà enregistrés ailleurs, elle proposait de créer des centres de rétention, appelés «centres d’ancrage», dans lesquels les intéressés devraient séjourner pendant toute la procédure d’examen de leur dossier.
Toujours à Munich, l’un des ténors de l’aile droite de la CSU, le chef du groupe parlementaire Alexander Dobrindt, a attisé le conflit. «Nous devons maintenant montrer que nous sommes prêts à soutenir des solutions européennes. Mais aussi que nous sommes prêts à adopter des mesures nationales. Il en va de notre crédibilité en politique.»

La Bavière prête à sacrifier la coalition de Merkel pour faire entendre sa voix à Berlin et contenir une nouvelle poussée du parti d’extrême droite AfD lors des régionales du 14 octobre? Du côté des observateurs, c’est l’incompréhension face à un comportement qualifié de kamikaze. D’autant que la stratégie «dure» défendue par la CSU semble être désapprouvée par les électeurs. Angela Merkel recueille 47% d’opinions positives selon un sondage Emnid publié dimanche par le quotidien Bild. Le trio bavarois qui la menace est loin derrière, avec 32% d’opinions positives pour Horst Seehofer, 24% pour le ministre président du Land Markus Söder et 17% pour le chef du groupe parlementaire Alexander Dobrindt.

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