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Angela Merkel est jugée gagnante du débat télévisé de la campagne allemande

Dimanche soir, Angela Merkel et son challenger Martin Schulz se sont livrés à un duel télévisé fort policé. La chancelière est parvenue à esquiver les attaques de son rival tout en créant un temps fort, par son refus de l’adhésion de la Turquie à l’UE

Ce sera le seul débat télévisé d’une campagne jugée ennuyeuse par les observateurs… Et il n’aura sans doute pas permis aux 46% d’indécis de progresser dans leur décision en vue des législatives du 24 septembre.

A ce sujet: Le débat TV de la dernière chance pour Martin Schulz

Fond bleu pâle pour le studio d’Adelshof dans le sud de Berlin, veste bleue pour la chancelière, cravate assortie pour Martin Schulz et un format très corseté interdisant tout dérapage dans le ton ou le contenu des interventions… «En fait, je n’ai pas vu de débat, cette heure et demie de discussion était comme un spot de publicité pour la Grande Coalition», a tranché en fin d’émission une éditorialiste du magazine Der Spiegel. «Quantité de sujets vraiment intéressants pour les électeurs, comme l’éducation n’ont pas du tout été abordés», déplorait pour sa part l’ancien président du SPD, Franz Müntefering.

Une presse critique

Au lendemain du débat, la presse allemande se montre très critique envers les quatre animateurs du débat dont les questions n’ont porté, pendant la première moitié de l’émission, que sur les questions migratoires, l’islam et la Turquie «parfois posées de telle façon qu’on avait l’impression que le parti populiste AfD était assis à table», estime Der Spiegel sur son site électronique. Les questions sociales, économiques ou fiscales ont été en regard très peu abordées.

Martin Schulz a tenté une première offensive, en reprochant à Angela Merkel d’avoir laissé entrer un million de réfugiés en 2015 sans avoir consulté ses partenaires européens. «Il y a des moments où, comme chancelière, vous devez décider», a-t-elle rétorqué, assurant que deux ans plus tard, elle procéderait de la même manière face à une urgence humanitaire.

La question de la Turquie, le temps fort

Quelques minutes plus tard, nouvelle offensive de Schulz, sur la Turquie cette fois, rappelant que 14 Allemands ont été mis en détention par le régime du président Erdogan. Prenant de surprise Angela Merkel, il a demandé l’arrêt des négociations entre l’Union européenne et Ankara en vue d’une adhésion de la Turquie à l’UE. Ce passage a été le seul temps fort du débat.

«Il est clair que la Turquie ne doit pas devenir un membre de l’Union européenne», a rétorqué la chancelière, ajoutant vouloir «discuter avec (ses) collègues» de l’Union européenne «pour voir si nous pouvons parvenir à une position commune sur ce point et si nous pouvons mettre fin aux négociations d’adhésion… Je ne vois pas l’adhésion arriver et je n’ai jamais cru que cela puisse survenir.»

Donald Trump dans les viseurs

Donald Trump a également été évoqué, Martin Schulz promettant, comme il le fait dans ses meetings, que l’Allemagne ne se laisserait pas dicter sa politique par le président américain. Angela Merkel s’est alors autorisé une sortie la présentant sous un visage plus humain, en critiquant les réactions du président américain après les attaques racistes de Charlottesville. «Ça coupe le souffle», a-t-elle dit.

Même le scandale du diesel n’a pas permis de distinguer de différence de position entre les deux candidats, tous deux se disant «furieux» après l’industrie automobile allemande qui a mis en danger des centaines de milliers d’emplois avec des moteurs diesel truqués. Préparant le terrain à une reconduction de la grande coalition au pouvoir à Berlin entre les sociaux- et les chrétiens-démocrates, Angela Merkel invitait alors Martin Schulz à téléphoner dès ce lundi au ministre social démocrate de la Justice Heiko Maass, pour qu’il prépare une loi autorisant les plaintes collectives et améliorant la défense des consommateurs face aux grands groupes.

Les résultats des sondages

Les téléspectateurs interrogés dans le courant de l’émission par l’institut Infratest-dimap ont trouvé Martin Schulz plus agressif (87%) qu’Angela Merkel (5%), mais la chancelière plus convaincante (55%) que son challenger (35%) et largement plus compétente (59%) que lui (18%). Parmi les indécis, 48% ont trouvé la chancelière plus convaincante que l’ancien président du Parlement européen (36%). Au final, le président du SPD n’a convaincu que par sa proximité avec les petites gens (55% des personnes interrogées à l’issue du duel l’ont trouvé plus proche des gens, contre 24% pour Angela Merkel).

Le débat était présenté comme l’occasion de la dernière chance pour Martin Schulz, dont le Parti social-démocrate est largement distancé par les chrétiens-démocrates dans les sondages. Le SPD n’est crédité que de 22% des intentions de vote contre 38% à la CDU.

Lire aussi: En Allemagne, la laborieuse campagne du SPD de Martin Schulz

Jamais Angela Merkel n’a parue si gagnante

Angela Merkel participait à son quatrième duel télévisé. Jamais elle n’était sortie si clairement gagnante face à son adversaire que dimanche soir. En 2005 elle avait eu le plus grand mal à contrer les attaques de Gerhard Schröder. En 2009, elle affrontait le très populaire Frank-Walter Steinmeier et en 2013 le social-démocrate Peer Steinbrück était parvenu à la désarçonner sur certaines questions budgétaires.

A aucun moment dimanche, les deux protagonistes n’ont semblé en véritable désaccord sur le fond. La position de Martin Schulz était d’autant plus inconfortable que le SPD est associé au gouvernement Merkel en tant que petit partenaire de coalition. Il était dès lors aisé pour la chancelière de rappeler à chacune des timides attaques de son challenger que le parti qu’il dirige a soutenu chacune des mesures adoptées par son gouvernement.

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