Angela Merkel met en garde David Cameron

Europe La chancelière allemande ne se battrait pas pour garder le Royaume-Uni dans l’Union

Le premier ministre britannique, David Cameron, est en passe de perdre une alliée. La chancelière allemande, Angela Merkel, lui aurait parlé en aparté lors du sommet européen des 23-24 octobre à Bruxelles et lui aurait reproché de pousser le Royaume-Uni vers un «point de non-retour» sur son appartenance à l’Union européenne (UE). «Un point à partir duquel elle ne se battra plus pour son maintien au sein de l’Union», selon des témoins cités lundi par le site internet de l’hebdomadaire allemand Der Spiegel.

«Pas négociable»

Les menaces répétées du leader britannique d’en finir avec la libre circulation des personnes, voire de quitter l’UE, ont fini par exaspérer aussi la chancelière allemande. A plusieurs reprises, alors que d’autres chefs d’Etat et de gouvernement ont été critiques à son égard, Angela Merkel, elle, s’est montrée plutôt compréhensive, affirmant que l’Allemagne connaissait aussi le phénomène dit «tourisme social».

Les propos de la chancelière n’ont pas été démentis. «L’acquis fondamental qu’est la liberté de circulation au sein de l’UE n’est pas négociable pour l’Allemagne, a affirmé son porte-parole lundi à Berlin. Ce n’est pas une question bilatérale entre l’Allemagne et la Grande-Bretagne, mais une affaire entre la Grande-Bretagne et tous ses partenaires européens.»

Lors de son investiture le 23 octobre au Parlement européen, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, avait été tout aussi catégorique. «La libre circulation n’est pas négociable, avait-il répondu à la presse britannique qui avait soulevé la question. S’il y a des abus, il faut les combattre.»

Cette crise, si elle en est une, intervient au moment où un autre dossier empoisonne les relations entre Londres et Bruxelles. La semaine passée, David Cameron a fait savoir qu’il ne payerait pas les 2,1 milliards d’euros supplémentaires que lui réclame la Commission au titre de sa contribution au budget 2014. L’exercice d’ajustement a lieu chaque année, et les parts des Etats évoluent selon leur résultat économique.

Alors même que ses diplomates ont participé à l’exercice, qui a été basé sur des chiffres fournis par Londres, David Cameron a dénoncé l’ampleur de la contribution britannique. A son tour, la Commission s’est pliée en quatre pour expliquer qu’il ne s’agissait que d’un ajustement technique, tout en rappelant que Londres bénéficie depuis des années d’un rabais. Par ailleurs, un autre ajustement devrait intervenir en 2015 et lui rapporter 500 millions d’euros.

Face à la rebuffade de David Cameron, le président de la Commission sortant, José Manuel Barroso, a riposté en disant que Londres n’avait d’autre choix que de passer à la caisse. Mais voilà, David Cameron peut crier victoire. «La Commission comprend la situation de la Grande-Bretagne et veut trouver une solution», a déclaré lundi un diplomate proche du dossier.