La chancelière Angela Merkel obtientune large majorité avec les libéraux

Allemagne Selon les projections, conservateurs et libéraux seront assurés d’obtenir au moins 323 sièges sur 614

Une nouvelle coalition noire et jaune, selon les couleurs respectives des conservateurs de la CDU et des libéraux du FDP, gouvernera l’Allemagne durant quatre ans. Elle sera assurée d’une majorité d’au moins 323 sièges sur 614. Au terme d’une campagne terne, dont l’unique thème était la personnalité de la chancelière, Angela Merkel a atteint son objectif: mettre fin à la grande coalition et bénéficier d’une majorité stable, conservatrice et libérale, pour constituer son futur gouvernement. S’y ajouteront encore des mandats de députés obtenus au suffrage direct.

«Nous avons obtenu une majorité solide pour installer la croissance et créer des emplois. Mais je veux être la chancelière de tous les Allemands», a annoncé Angela Merkel, visiblement soulagée, car les derniers sondages donnaient sa coalition de préférence pour très incertaine.

La CDU n’a en effet pas de quoi pavoiser, car avec 33,7% des voix elle recule encore légèrement par rapport à 2004 et enregistre l’un de ses plus mauvais résultats historiques. Mais qu’importe, la victoire d’Angela Merkel c’est de pouvoi­r changer de coalition, d’installer un gouvernement plus malléable et plus orienté vers l’économie. Pour cela, elle pourra compter sur les libéraux du FDP, frustrés de pouvoir durant onze ans et qui, avec un score de 14,6%, constitueront son partenaire junior.

Mais c’est surtout la débâcle historique du plus vieux parti allemand, le SPD, qui aura marqué la soirée électorale. Non seulement son candidat Frank-Walter Steinmeier n’aura pas pu réaliser le seul but clair de sa campagne, empêcher une coalition noire-jaune, mais il doit aussi encaisser une véritable débâcle. Le SPD se retrouve à son plus bas niveau, 23,1%, une chute de près de 11 points en quatre ans.

«Une journée amère, une défaite amère», a reconnu le candidat social-démocrate Frank-Walter Steinmeier quelques minutes seulement après les premières estimations. Il y a eu, a-t-il admis dans la soirée, une énorme difficulté de la part de son parti à mobiliser son électorat traditionnel. Ce qui expliquerait en partie la chute de participation électorale à 73%, la plus faible de ces trente dernières années. Le SPD, qui faisait campagne en dénonçant «la glaciation sociale» qui découlerait d’une coalition de centre droit, n’a manifestement pas réussi à convaincre l’électorat populaire. Les sociaux-démocrates sont aussi victimes de l’ambiguïté de leur discours. D’un côté, ils dénonçaient le froid social des libéraux, mais de l’autre ils n’avaient pas d’autres alternatives à offrir qu’une coalition avec le FDP et Les Verts.

Mais la crise du SPD risque fort de ne pas s’arrêter là. Alors que Frank-Walter Steinmeier se plaçait déjà comme futur chef de l’opposition, en réclamant pour lui le poste de chef du groupe parlementaire du SPD au Bundestag, le bourgmestre régnant de Berlin, Klaus Wowereit, annonçait «de sérieuses discussions». Des têtes vont rouler au SPD, une telle défaite ne peut pas être simplement passée à l’ordre du jour. Il y a de fortes chances que Franz Müntefering, 69 ans, soit fortement contesté par une nouvelle génération.

L’autre caractéristique de ces élections allemandes, c’est l’éclatement du paysage politique: tous les partis représentés au Bundestag récoltent plus de 10%. Les Verts progressent eux aussi à 10,6%. La gauche radicale Die Linke, qui a sérieusement concurrencé le SPD grâce à son analyse sévère sur la crise sociale et l’inégalité grandissante de la société allemande, double ses suffrages et obtient 12,5%.

Pour la plupart des observateurs, l’autre leçon de ces élections est qu’à terme, dans quatre ans peut-être, si le SPD obtient des concessions sur la politique européenne, le tabou d’une alliance rouge-rouge, SPD-Die Linke, risque de tomber. Dans un paysage politique désormais aussi éclaté, c’est la seule solution pour les sociaux-démocrates de revenir au pouvoir.

Face aux défis des quatre ans à venir, la jubilation ne régnait pas à Konrad-Adenauer Haus, la centrale de la CDU. Lors de la «ronde des éléphants» à la télévision, dimanche soir, Angela Merkel a voulu elle aussi rassurer les syndicats: «Il y aura un nouveau gouvernement, avec de nouvelles orientations. Mais je n’ai pas changé, j’aurai toujours le même respect pour le dialogue social.»

Sur l’avenir de l’énergie nucléaire et la prolongation de la vie des centrales, l’extension du salaire minimum à certains secteurs défavorisés, une réforme radicale de la fiscalité comme la réclame le patron des libéraux Guido Wester­welle, la chancelière sait qu’elle ne peut se permettre de rejeter la ligne plutôt sociale-démocrate suivie jusqu’ici. Elle lui doit une partie de son succès de ce dimanche.