C’est là que tout a commencé. En avril 2000, le congrès du Parti chrétien démocrate réuni à Essen élisait Angela Merkel à la tête du parti, pour succéder à Helmut Kohl et Wolfgang Schäuble, emportés par le scandale des caisses noires de l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU). Seize ans plus tard, alors que le parti réunit de nouveau son congrès à Essen, Angela Merkel est toujours là. Elle a annoncé le 20 novembre qu’elle briguerait un quatrième mandat aux législatives de septembre 2017, et sa réélection à la tête du parti ne fait aucun doute, même si elle est loin de faire l’unanimité dans son propre camp depuis la polémique sur les réfugiés. Le discours qu’elle doit prononcer mardi devant les délégués doit lancer la campagne en Allemagne. De nombreux défis attendent la chancelière en cette année électorale.

Ralentissement économique

Sur le plan économique tout d’abord. L’Allemagne, qui exerce depuis le 1er décembre la présidence tournante du G20, est sous pression. Ses partenaires attendent en effet de la République fédérale qu’elle fasse plus pour la croissance mondiale. Le FMI notamment exige du gouvernement fédéral des initiatives de relance. Le fonds monétaire voudrait que Berlin aille plus loin que la baisse d’impôts de 6,3 milliards d’euros sur deux ans annoncée par le gouvernement. Les instituts de conjoncture réclament de leur côté un plan de modernisation des infrastructures de 100 à 150 milliards d’euros, qui pourrait contribuer à relancer la croissance allemande.

Il faudra en outre augmenter les dépenses consacrées à la sécurité. La chancelière a annoncé un doublement «à terme» du budget de la Bundeswehr, pour atteindre l’objectif fixé par l’OTAN de 2% du PIB consacrés à la Défense. L’Allemagne en est loin. Elle consacre à l’heure actuelle 1,2% de son PIB à sa sécurité (contre 1,8% pour la France, et 2,2% pour le Royaume-Uni, ou 3,6% pour les USA.) L’objectif est de passer de 34 à 60 milliards d’euros. Certes, l’économie allemande se porte mieux que celle de ses partenaires. Mais tous ces défis pour le budget de l’Etat surviennent alors que l’économie du pays subit un coup de froid. Le rythme de la croissance a de nouveau ralenti au troisième trimestre (+0,2%) après un début d’année déjà décevant (0,7% au premier trimestre; 0,4% au second).

Qui sont les appuis de Merkel sur la scène internationale?

L’Allemagne sera également sollicitée sur le plan diplomatique. L’élection de Donald Trump à Washington inquiète à Berlin. En annonçant qu’elle est prête à en faire plus pour la Défense, Angela Merkel semble insister sur la crédibilité de la République fédérale vis-à-vis de Washington. Mais ces déclarations d’intention ne seront pas faciles à mettre en pratique tant sont fortes les réticences au sein du Bundestag. Et elles ne disent pas non plus jusqu’à quel point l’Allemagne est prête à s’engager sur le plan diplomatique ou militaire.

Angela Merkel insiste sur le fait que, malgré l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, le Brexit et la progression des populismes en Europe, il n’est pas question pour la République fédérale de revenir en arrière. Berlin veut au contraire faire progresser la mondialisation à travers la coopération internationale.
Mais toute la question est de savoir quels seront ses appuis sur la scène internationale. Les Etats-Unis pourraient avec Donald Trump se désintéresser plus encore de l’Europe que du temps de Barack Obama. La possible élection en France de François Fillon, jugé trop russophile, inquiète le gouvernement allemand à l’heure où Berlin penche pour davantage de sanctions contre Moscou. Angela Merkel plaide pour la fermeté à l’égard de Moscou, au nom de la stabilité des frontières en Europe, et ne cesse de dénoncer le soutien de Moscou aux bombardements sur Alep.

L’enjeu, au-delà des relations avec Poutine, porte sur la question de savoir si l’Europe peut «rester dans son ensemble un continent libre, ou être de nouveau divisée entre une Europe libre et une zone d’influence russe», comme l’explique Norbert Röttgen, président de la Commission des affaires étrangères du Bundestag et membre de la CDU.

Enfin, l’Allemagne devra d’ici aux élections faire progresser deux dossiers de politique intérieure: l’intégration des réfugiés et la réforme des retraites.
«Le plus important est de maintenir la cohésion du parti, insiste la vice-présidente de la CDU Julia Klöckner. C’est un véritable défi, car nous avons demandé beaucoup aux militants ces derniers temps, surtout avec les réfugiés.» La polémique sur les réfugiés a notamment conduit à de vives tensions avec l’aile bavaroise et ultra-conservatrice du parti, la CSU. Le cours centriste et la modernisation imposés par Angela Merkel aux militants ont certes permis de gagner de nouveaux électeurs au centre. Mais ils ont aussi précipité dans les bras du parti populiste AfD une bonne part de l’électorat conservateur traditionnel.