Allemagne

Angela Merkel paie le prix de sa politique migratoire

Les électeurs du Mecklenbourg-Poméranie sanctionnent la chancelière. Le parti populiste AfD poursuit sa progression tandis que la CDU enregistre le pire score de son histoire dans la région

Voici un an jour pour jour, Angela Merkel décidait d’ouvrir la frontière germano-autrichienne aux réfugiés bloqués en Hongrie dans des conditions humanitaires catastrophiques. Aujourd’hui, la question des réfugiés domine l’agenda politique. C’est elle aussi qui décidera de l’avenir politique de la chancelière, alors que son parti vient de subir, dimanche, une nouvelle claque électorale dans le Mecklenbourg-Poméranie, dans le nord-est de l’ex-RDA.

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Selon les sondages de sortie des urnes, la CDU a enregistré son plus mauvais score dans la région avec 19%, derrière les populistes de l’AfD (21%) et le SPD (30,5%). Les Sociaux-démocrates devraient prolonger la coalition avec la CDU déjà au pouvoir dans la région.

Des lenteurs administratives

La polémique sur les réfugiés commence avec les chiffres. Même le ministère de l’Intérieur ne sait pas précisément combien de candidats à l’asile sont entrés en Allemagne, dans le cafouillage de l’automne 2015. L’administration chargée des migrations, BafM cherche toujours à démêler le casse-tête des doubles enregistrements et à retrouver la trace de ceux qui sont entrés dans le pays sans être enregistrés.

La polémique se poursuit avec les lenteurs administratives. Seules 450 000 du million de personnes arrivées l’an passé dans le pays sont fixées sur leur sort. La moitié d’entre elles ont obtenu le statut de réfugiés. 10% ne peuvent être renvoyées pour raisons de santé ou parce qu’elles viennent de régions en guerre. Les 40% restants devront être expulsés. A ce jour, 45 000 personnes ont demandé à bénéficier du programme d’aide au retour volontaire et 35 000 personnes ont été expulsées depuis le début de l’année.

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Cette approximation statistique, dans un pays habitué à un respect strict des procédures administratives, aurait suffi en soi à mettre fin à la carrière de n’importe quel politicien allemand. Angela Merkel n’a pu se maintenir qu’en raison de l’extrême popularité dont elle jouissait, voici encore un an. «Angela Merkel a pris sa décision seule. Elle n’a pas consulté un seul des députés du Bundestag», peste l’un des co-fondateurs du parti populiste AfD, Alexander Gauland. A ses yeux, Merkel a pris une décision «qu’on pourrait qualifier de dictatoriale!». Certes, la chancelière a été élue. «Mais les migrations ne figuraient pas du tout au programme des dernières élections! Les gens ne savaient pas ce qui les attendait! Et ils ne veulent pas de tous ces migrants.»

L’AfD poursuit son implantation

Le discours porte. De régionale partielle en régionale partielle, l’AfD poursuit son implantation systématique au sein des parlements régionaux du pays. Le parti est désormais représenté dans 9 des 16 Länder, et vise l’entrée au Bundestag, en 2017.

A l’exception de l’AfD l’ensemble de la classe politique s’accorde aujourd’hui pour dire que l’ouverture des frontières était inéluctable, à l’été 2015. L’Allemagne, passé nazi oblige, ne pouvait se permettre d’attendre la mort de réfugiés syriens en Hongrie pour réagir. En septembre 2015, les Allemands semblent euphoriques. Chaque nouvel arrivant est reçu à la gare avec bouteille d’eau et sandwiches. Les bénévoles collectent des montagnes de vêtements, de couches pour bébés, des couvertures, organisent des permanences médicales, des traducteurs… C’est l’époque du «wir schaffen das», nous y arriverons, qu’Angela Merkel ne cesse depuis lors de répéter.

«A l’époque, Angela Merkel n’a pas compris que l’opinion publique allait finir par se retourner, et elle ne s’y est pas préparée», note un parlementaire CDU, cité par l’AFP. Et de rappeler que le «wir schaffen das» a longtemps été la seule réponse qu’elle a apportée aux questions de plus en plus pressantes de ses administrés. La résistance en effet s’organise, surtout dans les nouveaux Länder de l’ex-RDA. Le mouvement islamophobe Pegida et surtout l’AfD redressent la tête. Des bâtiments destinés à loger les réfugiés partent en fumée un peu partout dans le pays. Et les Allemands prennent leurs distances avec «Mutti» (maman), cette figure rassurante à laquelle chacun pouvait jusqu’alors s’identifier.

Une Allemagne divisée

A Heidenau, en Saxe (ex-RDA) où elle vient visiter un foyer de réfugiés, la chancelière est accueillie par une horde menaçante. L’Allemagne n’a jamais semblé à ce point divisée.

«Certaines régions de l’est ont été totalement abandonnées à l’extrême droite, dénonce Cem Özdemir, numéro 2 des Verts, venu soutenir la candidate locale des écologistes à Neustrelitz. Les gens ici rendent Merkel responsable de tous leurs problèmes, mais c’est absurde! Elle n’est pas responsable du chômage, de la pauvreté, du niveau des retraites… Et tous ces problèmes ne sont bien sûr pas liés à l’arrivée d’un million de réfugiés. Mais Angela Merkel a commis une erreur capitale: elle n’a pas expliqué sa politique. Elle aurait dû dire dès le départ qu’intégrer tous ces gens serait difficile.»

Angela Merkel a-t-elle encore une chance de sauver un éventuel quatrième mandat? 44% seulement des Allemands le souhaitent aujourd’hui. La CDU n’est plus créditée que de 33% des intentions de vote au niveau fédéral. Angela Merkel, si elle ne remet pas en question son «nous y arriverons», en module de plus en plus souvent le ton: «La chose la plus importante dans les mois à venir c’est le rapatriement, le rapatriement et encore une fois le rapatriement, a-t-elle martelé vendredi. Il faut mieux prendre en considération les préoccupations des gens.»

Une défaite symbolique

La cuisante défaite de la CDU dans le Mecklenbourg est d’autant plus symbolique que la chancelière y a sa circonscription de députée du Bundestag. «Pour un chancelier, c’est le début de la fin lorsqu’il commence à perdre les régionales les unes après les autres», rappelle le politologue Gero Neugebauer, de l’université Libre de Berlin. «Il existe une loi universelle en politique qui veut que 10 ans ça suffit, ajoute l’historien Timothy Garton Ash. Quand les dirigeants restent plus longtemps, ils se mettent à faire des erreurs. Cela semble être le cas pour la prudente Merkel.»

Une analyse que ne partage pas Manfred Güllner, qui dirige l’institut Forsa. «Ces élections n’auront qu’une faible signification à l’échelle du pays dans son ensemble. La CDU est généralement plus performante lors des élections législatives.» Au pays des coalitions, Angela Merkel n’a pas besoin de la majorité absolue pour rester au pouvoir, mais d’un partenaire de coalition stable, et que son parti arrive en tête des élections de 2017.


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