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Pour l’image du pays, le coup est dur. L’Allemagne perd son rôle de locomotive environnementale.
© Hannibal Hanschke / Reuters

Environnement

Angela Merkel renonce à son objectif climat

L’Allemagne ne réduira pas de 40% ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020, comme sa chancelière l’avait promis. Les chrétiens et les sociaux-démocrates qui négocient la formation d’une nouvelle coalition ont enterré le projet

Les derniers coups de bélier sont venus à bout mardi de l’église Saint-Lambert d’Immerath. A la frontière entre la Ruhr et les Pays-Bas, Immerath a dû déplacer ses 900 habitants et son cimetière en 2013 pour laisser la place à l’agrandissement d’une gigantesque mine de lignite à ciel ouvert. L’église détruite, plus rien ne s’oppose à l’extraction de ce charbon bon marché et très polluant, malgré des années de lutte de la part des militants écologistes. Immerath est ainsi devenu le symbole du triomphe du charbon sur les objectifs climat régulièrement affichés par Angela Merkel depuis dix ans.

Petit retour en arrière. Une Angela Merkel en anorak rouge, face aux icebergs du Groenland, frappés par la fonte des calottes polaires… Cette image de 2007, illustrant l’annonce que la République fédérale «réduirait ses émissions de gaz à effet de serre de 40% d’ici à 2020», avait valu à la cheffe du gouvernement allemand une flatteuse réputation de «chancelière du climat». Depuis, Angela Merkel n’avait officiellement jamais changé de cap, malgré sa décision d’abandonner le nucléaire (11,6% de la production d’électricité en 2017) à l’horizon 2022, dans le sillage de l’accident de Fukushima en 2011. A plusieurs reprises tout au long de la campagne électorale en vue des législatives du 24 septembre, la candidate conservatrice a répété «tenir à son objectif», malgré les doutes de plus en plus affichés de ses partenaires, alors que le charbon – énergie la plus polluante en termes d’émissions – représente toujours près de 40% de la production d’électricité dans le pays, en dépit du développement des énergies renouvelables.

Forte pression des milieux industriels

Quelques mois plus tard, les chrétiens et les sociaux-démocrates, qui planchent depuis le début de la semaine sur la formation du prochain gouvernement, viennent d’enterrer l’ambitieux objectif allemand. «Aujourd’hui, il ne semble plus possible de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40% à l’horizon 2020», précise le chapitre «climat» du document en cours de préparation entre les potentiels partenaires de coalition.

«En fait, ni la CDU ni le SPD ne sont animés de la volonté nécessaire, souligne le quotidien berlinois Tagesspiegel. Au sein des deux partis, des groupes de pression travaillent contre le climat. Au sein du SPD, ce sont les cercles proches des milieux industriels et les élus des régions charbonnières de Saxe-Anhalt, du Bas-Rhin, de Saxe et du Brandebourg. Au sein de la CDU, l’objectif avait commencé à se fissurer lors de la tentative de négociations avec les Verts et les libéraux entre septembre et novembre. Mais au final, il semblerait que le SPD ait achevé les objectifs climat de l’Allemagne, pour des raisons sans doute tactiques. Parce que c’est plutôt une mauvaise chose pour Angela Merkel que d’enterrer un objectif affiché par ses précédents gouvernements…»

L’abandon de l’objectif climatique menace la crédibilité de l’Allemagne auprès des investisseurs et de ses partenaires internationaux

Karsten Neuhoff, responsable du département climat de l’institut DIW de Berlin

Les Verts et les associations de défense de l’environnement sont convaincus que l’objectif de réduire de 40% les émissions de gaz à effet de serre de l’Allemagne d’ici à 2020 est «réalisable». Pour cela, il suffirait de réduire ces émissions de 125 à 150 millions de tonnes. Rien que la fermeture des centrales à charbon les plus âgées et leur remplacement par des centrales à gaz moins polluantes permettrait de réduire les émissions de CO2 du pays de 100 millions de tonnes. Quelques efforts supplémentaires dans l’isolation des bâtiments, l’industrie, le remplacement des chaudières à fuel d’un million de ménages, le développement de l’agriculture biologique, ainsi qu’un coup de pouce aux véhicules électriques et la fin des avantages fiscaux accordés aux moteurs diesel permettraient d’atteindre les 40%.

«L’abandon de l’objectif climatique menace la crédibilité de l’Allemagne auprès des investisseurs et de ses partenaires internationaux», s’inquiète Karsten Neuhoff, responsable du département climat de l’institut DIW de Berlin, tandis que les Verts dénoncent «l’échec de la politique environnementale des chrétiens et des sociaux-démocrates au cours des quatre dernières années». Sans surprise, les milieux d’affaires se frottent les mains, se félicitant de «l’abandon d’un objectif purement national au profit d’objectifs européens», qui ne désavantageraient donc pas l’Allemagne par rapport à ses voisins.

Pour l’image du pays, le coup est dur. L’Allemagne perd son rôle de locomotive environnementale, même si le pays réalisera les objectifs nettement moins ambitieux (une réduction de 20% des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020) que s’est fixés l’Union européenne dans le cadre de la conférence climat de Paris.

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