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Angela Merkel lors d'une conférence de presse à Berlin, le 2 juillet 2018.
© Michael Sohn/AP

Europe

Angela Merkel sauve son gouvernement

Un compromis a été trouvé lundi soir entre la chancelière et son ministre de l’Intérieur. Il prévoit l’instauration de «centres de transit» à la frontière entre l’Allemagne et l’Autriche

La chancelière allemande, Angela Merkel (CDU), et son ministre de l’Intérieur (CSU), en conflit sur la politique migratoire, ont annoncé dans la soirée du lundi 2 juillet être parvenus à un compromis. Le SPD, troisième partenaire de la coalition, salue l’accord, mais a encore des questions.

Le compromis trouvé prévoit l’instauration de «centres de transit» à la frontière entre l’Allemagne et l’Autriche. C’est là qu’y seront installés à l’avenir les demandeurs d’asile arrivant dans le pays mais déjà enregistrés dans un autre Etat européen – c’est-à-dire la quasi-totalité d’entre eux – en attendant leur expulsion vers le pays d’entrée.

Cette question était au cœur du conflit qui opposait la chancelière, présidente du parti de centre droit CDU, à son ministre Horst Seehofer, dirigeant du parti conservateur bavarois CSU. Un différend qui menaçait de faire éclater la fragile coalition gouvernementale allemande, difficilement mise en place en mars.

Lire aussi: Le ministre de l’Intérieur allemand revient sur sa proposition de démission

Une ère touche à sa fin

Jusqu’ici, les migrants demandant l’asile à leur arrivée en Allemagne étaient répartis dans des foyers dans l’ensemble du pays jusqu’à ce que leur dossier soit examiné. Cet accord clôt du coup définitivement la politique d’accueil longtemps généreuse des migrants en Allemagne, politique inaugurée par la décision d’Angela Merkel d’ouvrir en 2015 les portes de son pays à des centaines de milliers de demandeurs d’asile.

La chancelière s’est réjouie lundi soir d’avoir conclu, «après des journées difficiles et des tractations rudes», un «bon compromis». «Nous avons un accord clair sur la façon d’empêcher à l’avenir l’immigration illégale», s’est félicité de son côté Horst Seehofer, mettant fin au bras de fer qui l’oppose depuis plusieurs semaines à la chancelière sur la politique migratoire. Le ministre de l’Intérieur a du coup renoncé à démissionner, après en avoir exprimé l’intention la veille.

«Camps d’internement de masse»

Le compromis trouvé suscite néanmoins déjà de vives critiques. Un dirigeant de la gauche radicale allemande, Bernd Riexinger, a estimé que les «centres de transit» envisagés équivalaient à des «camps d’internement de masse», dans une référence au passé nazi de l’Allemagne. Il a demandé aux sociaux-démocrates du SPD, troisième partenaire de la coalition d’Angela Merkel, de s’opposer.

Et ces derniers semblent encore hésiter sur les solutions proposées. Leur présidente, Andrea Nahles, a salué la fin des hostilités dans le camp conservateur allemand et le retour à un débat de fond. Elle note toutefois que de nombreuses questions doivent encore être abordées. Son parti devait examiner en détail mardi l’accord avant de rendre son verdict.

Une réunion au sommet des trois partis de la coalition – CDU, CSU et SPD – est prévue mardi en début de soirée. Si le SPD devait rejeter l’accord, tous les efforts d’Angela Merkel pour sauver son gouvernement seraient remis en cause.

«Cohésion européenne»

Le compromis trouvé prévoit que les migrants installés dans les «centres de transit» à la frontière seront obligés d’y rester. Leurs renvois vers les pays où ils ont été enregistrés en premier à leur arrivée dans l’UE devront toutefois être organisés dans le cadre d’accords administratifs conclus avec les pays concernés, et non de manière unilatérale par l’Allemagne.

Si des accords ne peuvent être trouvés, il est prévu de refouler les migrants «à la frontière germano-autrichienne dans le cadre d’un accord avec l’Autriche», précise le texte rendu public. A l’origine, le ministre de l’Intérieur avait demandé le refoulement à la frontière de tous les migrants enregistrés dans un autre pays. Mais Angela Merkel a refusé au nom de la cohésion européenne.

Si Horst Seehofer s’est montré aussi intransigeant, c’est aussi parce que son conflit avec Angela Merkel est quasi permanent depuis la décision de la chancelière en 2015 sur les migrants.

A son propos: Horst Seehofer, le Bavarois qui a pris l’Europe en otage

Plus populaire que Seehofer

Tous les sondages semblent montrer que les Allemands n’approuvent pas la voie conflictuelle choisie par le ministre de l’Intérieur, même s’ils sont d’accord avec son idée d’un durcissement de la politique d’asile. Angela Merkel reste plus populaire que lui.

Selon une enquête de l’institut Frosa, 67% des personnes interrogées jugent «irresponsable» la manière de faire du Bavarois. Autre échec, les intentions de vote pour la CSU en vue d’élections régionales à l’automne continuent de baisser au profit de l’extrême droite. Dès lors, même des barons bavarois semblent vouloir éviter l’escalade.

Quelle que soit l’issue du conflit, Angela Merkel en ressortira sans doute au moins affaiblie. Au pire, elle pourrait se retrouver contrainte au départ, moins d’un an après sa victoire étriquée aux législatives. Après presque treize ans au pouvoir, elle se retrouve ouvertement contestée dans son gouvernement et sa famille politique, combattue en Europe, notamment par ses voisins de l’est et l’Autriche, et enfin en conflit avec le président américain, Donald Trump, sur une multitude de sujets.

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