Angela Merkel se rend en Turquie ce jeudi, pour la première fois depuis la tentative de putsch manqué de juillet dernier. Officiellement, l’accord sur l’immigration sera à l’ordre du jour, de même que la coopération entre les deux pays au sein de l’OTAN.

Le contexte est particulièrement tendu alors que la Turquie semble se livrer – jusqu’en Allemagne – à une chasse aux sorcières contre tout opposant au Parti de la justice et du développement (AKP au pouvoir). Les opposants sont souvent accusés par le président Erdogan de soutenir le prédicateur turc réfugié aux Etats Unis Fethullah Gülen, jugé responsable de la tentative de coup d’Etat. Le week-end dernier, on apprenait qu’une quarantaine d’officiers turcs de haut rang, travaillant pour l’OTAN, ont demandé l’asile politique en Allemagne. L’examen de leur requête «sera traité comme toute autre demande», assurent les services compétents allemands. Mais dans les rangs conservateurs allemands, on estime qu’il «ne sera bien sûr pas possible de les renvoyer chez eux».

Couacs à répétition

Les couacs diplomatiques de ce type se multiplient depuis des mois entre les deux pays. Mi-janvier, les ministères de la justice des Länder et le Ministère fédéral de la Justice ont assuré qu’ils ne fourniraient plus d’assistance juridique à la Turquie sur les dossiers politiques. En clair, la justice allemande ne procédera plus à l’interrogatoire de suspects à la demande d’Ankara, dès lors qu’il s’agira d’opposants accusés par Ankara de soutenir les gülenistes, malgré un accord d’assistance juridique signé par les deux pays.

Mi-décembre, l’opinion allemande s’émouvait d’un scandale d’espionnage de la part d’imams turcs pour le compte d’Ankara. Les imams turcs envoyés en Allemagne sont payés par le Ministère turc du culte. L’association Ditib, qui les regroupe, reconnaissait alors avoir «envoyé par erreur» à Ankara des informations sur des fidèles soupçonnés de soutenir Gülen en Allemagne. «Angela Merkel doit clairement dire à Ankara que nous ne pouvons tolérer qu’un conflit turco-turc ne soit exporté vers l’Allemagne via Ditib», s’indigne le chef adjoint du groupe parlementaire SPD au Bundestag, Rolf Mützenich.

Les députés allemands d’origine turque vont plus loin encore: «Angela Merkel doit absolument rencontrer des opposants et des défenseurs des droits de l’homme» lors de son séjour en Turquie, exige le Vert Özcan Mutlu, vice-président du groupe d’amitié parlementaire germano-turque. «Le timing choisi pour ce voyage – en pleine campagne électorale pour le référendum constitutionnel – est très inopportun, ajoute le député. La venue d’Angela Merkel sera instrumentalisée par Erdogan comme étant un soutien» à sa tentative de réformer l’Etat dans un sens plus autoritaire.

ONG interdites et journalistes emprisonnés

Amnesty International rapportait récemment que 400 organisations non-gouvernementales sont désormais interdites en Turquie et qu’un tiers des journalistes emprisonnés à travers le monde se trouvent dans des geôles turques. A la veille du départ de la chancelière, son porte-parole se gardait de révéler si Angela Merkel rencontrerait des opposants lors de son séjour.

Côté turc en effet, la colère monte contre l’Allemagne accusée de soutenir les gulénistes, mais aussi les Kurdes du PKK qui «utilisent l’Allemagne comme base arrière, pour leur financement et le recrutement de combattants», selon le député de l’AKP Mustafa Yeneroglu. «Ce n’est pas acceptable et cela doit être combattu énergiquement par l’Etat», poursuit le député à la veille de l’arrivée de la chancelière.